
Le bon peuple de Sciences Po participe aux cérémonies à la mémoire de Richard Descoings
In Vodka Veritas renaît de ses cendres pour une dernière bafouille. Nous ne nous mêlerons pas aux concerts de lamentations des étudiants de Sciences Po qui ont perdu leur père spirituel en la personne de Richard Descoings. Nous avons assez traité de la fabrique du système de gouvernement Coin-coin dans nos précédents numéros pour prendre une distance critique face au merveilleux bilan de notre directeur bien-aimé. Spectacularisation de l’enseignement supérieur, augmentation des frais de scolarité (voir le numéro spécial Objectif Thune), jusqu’aux fameux bonus dont nous n’avons pas parlé (normal, on s’était déjà auto-dissout dans la bière et la bonne humeur). Nous ressortons des archives pour l’occasion un court texte sur la gouvernementalité Descoings paru dans le numéro 15. Amen.
Richard Descoings 2.0 est un parfait complément analytique en ceci qu’il incarne, à titre d’exemple, le nouveau paradigme de gouvernementalité que l’on doit désormais se farcir. Nous ne parlons ici nullement de l’homme, que nous laissons tranquille, mais plutôt d’une hypothèse de pouvoir par trop sagace. Célébrons-là par ces modestes énoncés.
Richard Descoings 2.0 est un type COOL et qui sait le décliner avec calcul. Afficher l’éclat de son teint hâlé ainsi que la mignardise de sa bobine souriante est une invitation à les lècher d’une seule langue et à dire de Descoings qu’il est MARRANT. Se balancer entre les poteaux, poutres et colonnes de la rue Saint-Guillaume, prévoit qu’on en dise qu’il est RIGOLO. Arborer la fraîcheur de son petit Bonzaï, attend qu’on en dise que c’est ETONNANT. Le COOL du pouvoir se décline et se nourrit de prédicats compactés et aussitôt intégrés, voués à êtres répétés et circulés.
Du pouvoir souverain et ses régimes de vérité extorqués sous le supplice à la gestion disciplinaire, qui découpe, renferme, concentre, quadrille, emmure les sujets en vu de leur dressage a succédé désormais une nouvelle norme de gouvernementalité de surveillance-sourire dont Richard
Descoings 2.0 est le protocole d’expérimentation.
Surveiller et sourire est la maxime à double tête dont Richard Descoings 2.0 est l’agencement PARFAIT.
L’hypothèse Richard Descoings 2.0, est un processus de dé-placement du centre du pouvoir vers les oubliettes. Sa pesanteur molaire, le ban glacial souverain, est simultanément atténuée par ses micro-agitations moléculaires qui nous sont distillées comment autant de petits A.I.E aveuglants. Dès lors que le directeur nous embrassera un à un dans les couloirs, signera « your friend » dans les documents administratifs, et se baladera en chemise blanche et bonzaï à la main, nous décréterons l’optimum de Descoings atteint, le pouvoir oublié et son agencement supposé, une baliverne.
Richard Descoings 2.0 est la corde sanitaire dissimulée derrière le cordon de la gloriole : l’èthos institutionnel que l’étudiant est chargé de défendre avec tant de dévouement lui ferait presque oublier qu’il est de passage et que son séjour peut a fortiori être écourté. « Le directeur a tous les droits sur la vie nue. Il peut faire entrer et faire sortir qui il veut, quand il veut, où il veut ». Il est en somme celui qui vous rappelle que lorsque l’on aime son quartier, ON RAMASSE.
Le débat portant sur le nouveau logo de « Sciences Po » NE NOUS INTERESSE PAS.
Richard Descoings 2.0 est au pouvoir ce que la flatterie culpabilisante est au simulacre démocratique. Comme le pouvoir, il donne la parole tout en se gardant d’écouter. Tout comme lui, il sait s’armer de succédané pour se rendre disponible, visible, facebookable, de sorte à accroitre l’intensité du regard froid, normalisateur et désarmant propre à l’exercice du ban. Deviens l’ami du pouvoir et oublie donc que LE POUVOIR N’EST PAS TON POTE.
Lorsque le pouvoir a su se glisser dans l’immanence, la séduction, et la furtivité, grande partie du terrain était conquis. Seul lui manquait le prétexte du copinage pour effacer le substrat de sévérité sur lequel il reposait, et nous injecter ainsi des doses de sympathies létales. « Descoings est sur mon Facebook ! Il est sympa ». Sachez que LE POUVOIR N’EST PAS SYMPA. Il est même TRES OCCUPE.
Et vous pouvez toujours vous reportez au Petit Coin-Coin illustré pour vous remémorez ses meilleurs (?) moments.
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Ce qui est bien avec les vacances c’est que durant le trajet, vous pouvez vous faire une culture blockbuster accélérée. Alors, imaginez 10 heures d’avion (20 heures en allez-retour) de priapisme oculaire… Commençons par le plus gag des blockbuster sorti l’année dernière, j’ai nommé 2012. Un film catastrophe de Emmerich (qui nous avait déjà infligé Godzilla, Le jour d’après ou encore cette daube immonde qu’est 10 000 BC) qui s’appuie sur les théories apocalyptique des Mayas à propos de la fin du monde. Loin de moi l’idée de commenter l’apocalypse ambiant (2012, c’est les élections présidentielles), ce qui est intéressant dans ce film c’est l’image qu’il nous renvoie de nous. En gros, les chinois ils sont quand même grave cool, ils ont construit en 2 ans des arches de Noé capables de sauver ceux qui auront payer leur billet d’entrée. C’est dans la morale un peu dégueu que se situe l’intérêt du film. En gros, le grand public est maintenu dans l’ignorance de la prochaine apocalypse, tandis que les riches et les puissants doivent payer une somme impressionnante (qui se chiffre en milliard) afin d’embarquer dans des bateaux made in China. Outre le fait que seuls les riches peuvent s’en sortir, le film essaie de nous faire ressentir un sentiment de pitié pour ces pauvres riches qui ne peuvent pas accéder aux bateaux faute de temps. Le film aurait prit une tournure beaucoup plus drôle si ils avaient tous crevé. Mais bon, on est dans un monde libéral merde, quand tu paies, tu dois être servi. Le paradigme libéral est également représenté par John Cusack, père de famille, prêt à tout pour sauver son ex-femme et sa fille. En gros, si tu veux, tu peux, merde. Et toi le pauvre arrête de chialer. T’avais qu’à avoir de la thune.
Autre film-avion aussi, I love You Philipp Morris. Non, ce n’est pas une suite de Thank you for smoking, mais un film particulièrement réussi sur l’homosexualité, avec un Jim Carrey bluffant de sincérité gay. « Inspiré d’une histoire vraie », le film raconte l’histoire d’un pauvre hétéro marié deux enfants qui se morfond dans sa vie de cul-béni américain. Alors que des culs, il aimerait bien en bénir, et pas que des femelles. A l’occasion d’un accident de la route, il fait un outting salutaire. Mais bon, c’est difficile d’être homo, il faut bien s’habiller, aller dans des restos chics, bref se soumettre aux injonctions de la représentation capitaliste de l’homosexuel urbain. Du coup, Jim se met à voler, truander, mentir. Ce qui l’emmène tout droit en prison, où il rencontre son âme soeur, Ewan Mc Gregor. Ce film est la chronique d’un homme épris de liberté, qu’on ne saurait enfermer. C’est aussi un film qui s’écarte des clichés habituels réservés aux films traitant d’homosexuels. La romance entre Jim et Ewan s’insère naturellement dans la trame narrative. Et puis, Jim Carrey est excellent, dans la lignée de ce qu’il a montré de meilleur, depuis The Truman Show (ce qui ne veut pas dire que je néglige des films comme The cable guy ou Fous d’Irène).
Alors qu’on attendait quiproquo et dialogues bien sentis, bons sentiments bobos et fraternité universelle, nous avons là mensonges, mesquinerie et voyeurisme, mais avec le sourire et l’acidité des films français, qui quand ils ne sont pas caricaturaux, sont plutôt bons. Ici, la réalisatrice s’amuse à prendre les spectateurs à contre-pied. On s’attendrait à ce que le grand père, médecin, ancien résistant et militant de l’avortement, accueille une famille malienne et communie avec eux dans un relativisme culturel ludique et joyeux. Ce sera finalement une émigré géorgienne avec sa fille, paradigme de la beauté froide (mais tape-à-l’œil) des steppes glacées de l’Oural. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, aucune compassion dans le traitement de la clandestine n’est distillée : elle est raciste (« même s’il n’est pas privé, c’est un bon lycée, il n’y a pas de noirs et d’arabes », tu m’étonnes, à côté de la rue Gay-Lussac…), vénale, vulgaire et aguicheuse. La bonté altermondialiste du Ve arrondissement en prend un coup… Le film n’évite cependant pas les caricature, justement parce qu’il veut en éviter certains : la petite-fille du médecin, militante pour les sans-papiers nous fait le coup de la petite fille riche rebelle en pleine crise œdipienne, tandis que le topos de la Russe vénale vient remplacer celui du gentil Noir, mais n’en demeure pas moins un idéal-type. On est moins gêné par les petites mesquineries de la nature humaine que par l’image qui transpire de ce portrait en demie-teinte : si on ne peut pas trop se moquer des immigrés africains, pourquoi ne pas s’en prendre aux ex-URSSiens ?
Là où le film est très bon, c’est quand il croque les enfants du médecin : Karin Viard a voulu faire comme papa, médecin généraliste, elle bosse à l’hôpital, sort avec un type bien sous tout rapport (donc chiant), tandis que Fabrice Lucchini campe l’anar de droite (tiens tiens, ce n’est pas un rôle de composition), qui s’est rebellé contre l’autorité parentale en devenant avocat d’affaire prospère et occupé. L’une devra apprendre à tuer le père, l’autre à se réconcilier avec lui. Les certitudes de Karin Viard s’écroulent lorsqu’elle apprend que, malgré toutes ses gloires passées, son père peut se montrer lubrique et salaud, tandis que Lucchini défend son père accusé d’égoïsme. Les relations frère/sœur sont bien écrites, bien interprétées. Seule la fin laisse à désirer, où le délire lucchinien de la littérature comme porte de la vie prend le dessus sur le cours du film.
Si le goût appartient à une classe, comme disait l’ami Bourdieu, gageons que nous ne défendons celui de la classe dominante. La folie des classements en cette fin de décennie dessine le goût d’une critique pseudo-engagée, des Inrocks aux Cahiers en passant par Positif. Reconnaissons à Positif une certaine cohérence entre leur position ancrée « à gauche » et leur engagement esthétique. Mais quand on fait l’éloge de Campion et son dernier film chiant comme la mort, on ne peut pas se poser comme défenseur d’une esthétique révolutionnaire, au sens de Benjamin.
Mes titres sont de plus en plus drôles. Je devrais travailler pour Libération (quoique leur «
Prenons
L’autre injustice est celle faite à
raté la sortie de la Rafle ? Impossible, affiches partout dans Paris, émission consacrée à la sortie du film sur France 2, sans compter les bandes annonces, les sujets qui lui ont été consacré aux JT, à la radio… Il y a donc là une forme d’injonction mémorielle : l’insistance sur la réalité historique des faits présentés en témoigne. La Rafle ne se veut pas une fiction. En cela le film serait la représentation en couleur, vivante d’évènements certes connus, mais dont on n’a ni film, ni vraiment de photo. Finalement la démarche n’est peut-être pas si éloignée de celle de la série documentaire Apocalypse, et la colorisation des archives de cinéma défendue par les réalisateurs comme un moyen de permettre aux « jeunes générations » d’accéder à cette histoire (à quand la 2e Guerre Mondiale en 3D alors ?). Pour en revenir à la posture particulière adoptée par la Rafle, la cause en est en grande partie révélée lors de la bande annonce de fin : Serge Klarsfeld est le conseiller historique de la réalisatrice Rose Bosch… et il est possible d’imaginer que dans ce tandem le premier ait plus pesé que la seconde. On ne peut guère faire de reproche à la reconstitution historique du Vel d’Hiv, mais cela ne suffit pas à faire un film. En effet il y a un très beaux et très réalistes décors, dans lesquels évoluent des personnages à peu près inconsistants.
e au point historique: La Rafle du Vel d’Hiv est un point d’histoire paradoxal, évènement de loin le plus connu de la déportation des juifs de France, c’est aussi un « non-évènement » en terme d’image: on ne possède aucune photographie, ni a fortiori aucun film de l’intérieur du Vel d’Hiv ces jours de juillet 42, et seulement une photographie de l’extérieure (voir ci-contre). Alain Resnais lui même s’est fait piégé par cette absence dans Nuit et Brouillard: l’image qu’il insère dans son film a longtemps été considérée comme la seule existante de l’intérieur du Vel’d'Hiv (voir ci-conte). Or une étude attentive de celle-ci montre que ça ne peut-être le cas: sur la photo on voit une grande majorité d’homme, or la rafle avait concerné principalement des femmes, des enfants ou des vieillards. Les recherches de Serge Klarsfeld a ce
sujet ont permis de découvrir la vraie origine de cette image qui datait de 1944: ceux qu’on y voit son des collaborateurs interné au Vel’d'Hiv à la Libération. Noire ironie de l’histoire. Cet aspect du manque de témoignage de personne ou à travers des images est un des points bien soulevé par le film, où l’on voit le personnel médical se heurter à la volonté de Vichy d’avoir un minimum de témoin: c’est sûrement là qu’on peut voir la main de Serge Klarsfeld, sûrement très bon conseiller historique… ce qui n’est pas la garantie d’un bon film.
ce qu’on a envie de crier au bout d’une heure de projection de Shutter Island, à l’image du personnage incarné par Léonardo Di Caprio. Scorsese réussit admirablement à faire entrer l’angoisse chez le spectateur, mais sans recourir à des images particulièrement choquantes, ni utiliser les grosses (et inefficaces) ficelles du film d’horreur « de genre ». Rien que pour ça, Shutter Island vaut la peine d’être vu.
leurs sources. Pour en revenir à BHL il est tout de même surprenant qu’il n’ait retenu du film que les 10 minutes (mises bout-à-bout) qui se passent à Dachau, pour condamner le film comme antisémite, et faire de Martin Scorcese l’héritier de Léni Riefenstahl. J’en profite au passage pour faire une petite correction supplémentaire: Dachau était un camp de concentration, d’abord destiné aux opposants politiques, des juifs y furent déportés bien sûr. Mais il me semble qu’il faut revoir avec précision les images de la libération du camp: rien n’indique que les déportés sont juifs, ils n’ont pas d’étoile jaune, au contraire. Bref BHL s’engouffre dans une lecture unique, et guère originale venant de lui lorsque on finit par comprendre sa psychologie. En parlant de psychologie cette scène à un intérêt pour le film en lui-même, c’est justement d’expliquer (en partie) le désordre qui règne sous le crâne du personnage de Leonardo di Caprio. 