J’aurais voulu vous parler du dernier film de Wong Kar Wai, The Grandmaster, film de kung-fu inspiré des Yip-Man qui ont consacré la carrière internationale de Donnie Yen. Mais je dois avouer que je n’ai pas capté grand chose à ce film, même avec les sous-titres chinois. J’attendrais donc la version pirate avec les sous-titres anglais.
Par contre il n’est pas très compliqué de comprendre le dernier film avec/de Jackie Chan (on apprend d’ailleurs que Jackie est rentré deux fois dans le Guiness [des records, pas la bière] pour être la personne la plue créditée dans un seul film, et pour le plus grand nombre de cascades réalisées par une seule personne). Gros box office d’ailleurs en Chine, où la 3D qui-fait-mal-à-la-tête accompagnée de l’acteur préféré du PCC fait des ravages. Car, bien qu’Hong Kongais, Jackie est un amoureux du gouvernement chinois, qui le lui rend bien. En décembre dernier, Jackie a d’ailleurs déclaré qu’il fallait songer à réduire le droit à manifester à Hong Kong. On se rappelle aussi qu’en 2009 l’ami Chan avait affirmé que trop de liberté, comme à HK et Taiwan, amenait le chaos. C’est vrai que la Chine continentale, c’est super peace.
Mais pourquoi diable parler de politique alors qu’on devrait analyser le film? C’est que politique et cinéma sont plus que liés dans le cas de Jackie Chan, qui se sert de l’outil cinématographique comme un réel instrument de propagande. Gramsci aurait sûrement adoré voir les films de Jackie, qui, à chaque plan réactualise la lutte pour l’hégémonie culturelle. Ce film, 十二生肖 ou Chinese Zodiac, est un pavé de plus dans l’enfer du film de propagande chinois. Censé être la suite de Mister Dynamite et d’Opération Condor, où l’ami Jackie campe un Indiana Jones à la solde des grandes fortune de ce monde, parcourant le monde à la recherche d’oeuvres d’art à voler.

Cette fois-ci, dès l’introduction du film, on comprend où Chan veut nous emmener. A grand renfort de plan en 3D, on apprend comment le premier palais d’été fut détruit et mis à sac par les troupes franco-britanniques lors de la deuxième guerre de l’Opium en 1860. Symbole de l’humiliation nationale chinoise jusqu’aujourd’hui, le sac du Palais d’été est utilisé par les autorités (et donc Jackie) pour exacerber les sentiments nationaux du peuple chinois, tout en évitant de discuter des responsabilités du gouvernement dans la destruction des oeuvres d’art lors de la Révolution culturelle. Jackie Chan nous fait donc un rapide cours d’histoire, tout en omettant les critiques adressées par les Occidentaux eux-mêmes face à la barbarie du colonialisme (par exemple la lettre de Victor Hugo critiquant le sac du Palais d’été) ou le fait que l’ancien Palais d’été était le fruit d’une collaboration sino-européenne entre l’empereur Qianlong et les jésuites Castiglione et Benoist.
Jackie est engagé par un milliardaire blanc, qui a un fils chinois (WTF), tous deux guidés par une recherche effrénée du profit, afin de retrouver/voler les douze têtes d’animaux du zodiac chinois qui ornaient le bassin du Palais d’été. Ces têtes ont fait la une de l’actualité il y a de cela quelques années. En effet, les milliardaires chinois ont commencé à racheter aux enchères les têtes d’animaux afin de les restituer au gouvernement chinois (on peut en voir au Poly Museum à Pékin (juste à côté de chez moi), ou encore au Grand Lisboa à Macao). En 2009 Pierre Bergé en met deux aux enchères (le rat et le lapin), et propose à Pékin de les récupérer en échange des droits de l’Homme. Ahah la bonne blague.
Jackie Chan lui ne s’occupe pas de ces tracas administratifs, il va aller chez les bourgeois français récupérer les chevaliers… pardon les têtes du zodiac pour son propre compte. En arrivant à Paris (une bonne partie de l’histoire se déroule en France, où les français sont présentés comme des pleutres à la limite de l’imbécilité) Jackie rencontre une étudiante chinoise en archéologie qui milite pour la noble cause du retour des trésors nationaux dans leurs pays d’origine (surtout en Chine). On trouve à ce moment la séquence la plus drôle du film, où Jackie expose le plus simplement sa vision de la société harmonieuse. Afin de faire pression sur les gouvernements occidentaux afin qu’ils rendent les trésors des pays colonisés, les jeunes activistes manifestent devant les ventes aux enchères. Manifester? Quelle hérésie pour celui qui demande à limiter ce droit porteur des germes du chaos. Mais ne vous inquiétez pas, la jeune chinoise archéologue explique aux spectateurs le but de ces manifestations: « nous n’avons jamais d’ennuis avec la police, nous manifestons pacifiquement, nous ne troublons jamais l’ordre public, et nous maintenons l’harmonie sociale ». Ce à quoi Jackie répond: « si c’est comme ça, je suis d’accord avec vous! ». Une séquence merveilleuse, approuvée par nos amis du Bureau de la censure. Ruse de l’histoire, la manifestation du film se déroule au Trocadéro, là où tous les 4 juin se tient la manif de commémoration du massacre de Tian’anmen.

Bon, après le scénario pédale un peu dans la choucroute. Jackie et sa bande rencontre une française descendante d’un capitaine pilleur du Palais d’été, ce qui nous vaut également une très belle séquence entre l’archéologue chinoise et la française qui s’expliquent au sujet du sac du Palais d’été. Bon, il faut aussi dire que la jeune archéologue n’a pas tort, les Occidentaux se sont livrés à un pillage en règle de toutes les oeuvres d’art des pays qu’ils ont colonisés. Mais entendre les mots-mêmes de la propagande gouvernementale dans la bouche d’une actrice me procure toujours des frissons de malaise… En gros Jackie Chan, qui est avant tout à la recherche de la prime que son employeur lui a promis, va peu à peu se rendre compte qu’il vaut mieux rendre au gouvernement les trésors nationaux. Belle rédemption en forme d’allégeance au Parti, qu’on ne voit jamais, mais qui tel un Dieu caché tire en coulisse les ficelles de l’intrigue.

Jackie se dépêche, il a rendez-vous avec Xi Jinping
Bref, un film qui n’est pas seulement politiquement agaçant, mais qui est aussi scénaristiquement bancal. Heureusement que quelques scènes d’actions et de kung-fu viennent agrémentées le film de rares moments de poésie. Car on a beau dire, Jackie sait tout de même foutre des high-kick. (147)











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