Girls (you have no faith in medicine)

Mon tropisme à l’égard de tout ce qui touche de près ou de loin à Judd Apatow est bien connu. C’est donc tout naturellement que je me suis tapé l’intégralité de la première saison de Girls, une série produite par l’ami Judd, et écrite, interprétée et réalisée (pour les premiers épisodes) par Lena Dunham.

Cette série représente un double intérêt dans le parcours de Judd Apatow, même si c’est Dunham qui en est à l’origine, puisqu’elle reprend finalement la ligne tracée par les deux précédentes séries TV signées Apatow, Freaks and Geeks et Undeclared, qui s’intéressaient aux années lycées, puis fac d’une bande de gamins socialement inadaptés. Girls se place dans la suite chronologique, après la fac, dans la galère des petits boulots d’une génération de 25-naires (les actrices principales sont toutes nées entre 1986 et 1988). L’autre intérêt étant que cette série est exclusivement centrée autour de personnages féminins, chose assez rare dans l’univers Apatow pour être remarqué (et salué). Il est vrai que la comédie selon Apatow est avant tout une chronique des déboires de l’homme contemporains, pris entre plusieurs injonctions sociales qui le réduisent à un état subalterne, le conduisant soit à embrasser l’ordre social existant (le mariage dans 40 ans toujours puceau) ou à le rejeter (le devenir-gangster de Carrey et Leoni dans Braqueurs amateurs).

Lena Dunham reprend les mécanismes propres aux séries TV produites par Apatow, qui met en avant non pas la recherche permanente du gag, mais la narration des déboires quotidiens des personnages principaux, sans complaisance mais avec un réel attachement. Girls doit être à ce titre célébré pour l’ancrage social des protagonistes, à l’inverse de séries très clairement grande-bourgeoises sur les états d’âme féminins (Sex & the city, Gossip Girls), Girls tente l’approche réaliste. La première séquence donne le ton de la série : Lena Dunham, qui galère dans un stage non rémunéré à la sortie de la fac, se retrouve sans le sou, suite à la décision parentale de lui couper les vivres. Lena Dunham représente à ce titre « l’homme normal » de la série télé : loin des clichés esthétiques des séries pour Jeunes-Filles, Dunham assume ses imperfections physiques et les soucis financiers qui gangrènent le parcours des jeunes diplômés. Les diverses tentatives de Lena Dunham pour trouver un taff alimentaire sont parmi les plus réussis de la série, même si seule la frange éduquée de la population n’est représentée, l’autre jeunesse, celle de la banlieue new-yorkaise ni bourgeoise ni bohème, n’étant évoquée que par une ellipse. Et quelle ellipse, puisqu’elle est symbolisée par le vol du sac de Dunham dans le métro.

Girls, le titre de la série, est au pluriel. Lena Dunham tente de dresser le portrait de plusieurs topoi féminin, de la bonne copine reine de bal, à la juive coincée en passant par la baroudeuse sexuellement libérée (qui a bien entendu fait le tour de l’Europe). En parlant de cela, ce n’est pas la première fois que l’Europe est utilisée par les séries américaines pour symboliser la libération sexuelle face à une Amérique réputée prude. Le traitement de l’ancien continent par les Américains mériterait d’être plus complexe.

La série se concentre sur les déboires amoureux des protagonistes, et nous donne une vision des relations sentimentales certes plus intéressantes que la plupart des séries TV, mais qui n’évite pas la banalité in extremis. Pourtant la série introduit des réflexions intéressantes sur les relations sexuelles et sentimentales en abordant les phantasmes de dominations et de violence. Lena Dunham, comme sa colocataire interprétée par Allison Williams recherchent chez l’homme une virilité dominatrice. Allison ne se satisfait plus de son mec qu’elle se trimbale depuis la fac, trop gentil et respectueux de la gent féminine à son goût. Dunham quant à elle se satisfait d’une relation sado-maso avec un acteur dont elle ne connaît pas grand chose à l’exception de son appartement. A la domination sociale se surajoute une domination sentimentale voulue et désirée. Pourtant cette logique S&M se dissout à travers une re-oedipinisation massive de toutes les relations sentimentales et sexuelles des protagonistes. Lena Dunham désire la stabilité tout en étant effrayée par l’engagement, poncif du sentimentalisme petit-bourgeois contemporain, Jemina Kirke, qui interprète l’européenne libérée et contestataire, finit par se marier avec un trader, tandis que (au revoir) Shoshanna ne perd sa virginité que dans un acte de pureté sentimentale. La réflexion sur la sexualité aurait pu être poussée plus loin, notamment au travers de la pratique S&M, mais les limites sont posées. Lena Dunham s’offusque de l’urine versée par Adam, préférant ne pas suivre la voie tracée par Simone, Marcelle et son amant dans L’histoire de l’œil de Bataille (quand un bouquin écrit en 1928 ringardise une production de 2012 ce n’est pas bon signe). La sexualité de Dunham est symbolisée par une peur absolue des fluides qu’il faut bannir de tout rapprochement physique, à la différence du cinéma de Sam Raimi par exemple, où les fluides et la viscosité sont indissociable de la vitalité (de Evil Dead à Drag me to hell en passant bien entendu par la toile d’araignée de Spider Man). La peur panique du sida et l’obsession du préservatif, qui est le sujet d’un épisode en entier, trouve sa résolution dans sa spectacularisation : la MST (maintenant on dit IST) contractée par Lena Dunham devient un titre de gloire sur Twitter.

Girls possède les qualités et les défauts de toutes les productions Apatow, qui peinent toutes à trouver une issue aux lignes de fuite tracées par l’intrigue, préférant rentrer dans le rang de la société après en avoir parcouru les marges. (237)

Freaks and Geeks

I don’t give a damn about my bad reputation…

La musique du générique de la série culte Freaks and Geeks, interprétée par Joan Jett (« Bad reputation ») pourrait résumer l’esprit de la série créé par notre vénéré maître Judd Apatow. Prélude de tous les films et les obsessions d’Apatow, cette série, outre la joie qu’elle procure lorsqu’on la visionne pour la première fois, permet de retracer la généalogie d’Apatow, comme de ses acteurs. Car un des grands mérites de cette série fut de nous avoir fait découvrir des acteurs promis à un brillant avenir: Seth Rogen, James Franco, Jason Segel (le Marshall de How I met your mother), Linda Cardellini, John Francis Daley ou encore Samm Levine ou Martin Starr. Les guest star s’appellent Jason Schwartzman, Shia Labeouf et Ben Stiller. Comme toutes les séries d’Apatow malheureusement, cette série ne dura qu’une saison, entre 1999 et 2000.

Pourtant, on peut considérer Freaks and Geeks comme une série culte, qui jusqu’aujourd’hui inspire de nombreux réalisateurs. La série se déroule au début des années 80 dans un lycée paumé d’une banlieue de Michigan. Le film s’inspire largement de la vie lycéenne d’Apatow dans les années 80, et suit le parcours de deux frères et soeur de la famille Weir(d), Linda Cardelini et John Francis Daley. La première, championne de math du lycée, va s’accoquiner avec les « freaks » du lycée, les bad boys and girls qui écoutent Led Zep en fumant des joints et séchant les cours. Comment ne pas aimer les freaks, surtout lorsqu’ils se nomment Seth Rogen, James Franco et Jason Segel. La scène d’ouverture de la série est à ce titre représentative de la série: dans le stade de football américain du lycée, une cheerleader et le capitaine de l’équipe s’avouent leur amour, mais la caméra ne s’attarde pas sur eux, et descend en bas des gradins où nos trois compères freaks discutent des mérites du batteur de Led Zep et de la weed.

A côté des freaks, nous avons bien sûr les geeks, représentés par John Francis Daley, Samm Levine et Martin Starr. Ils vouent un culte à Star Wars, kiffent les jeux de rôle, et ont des problèmes avec la gent féminine du lycée. Bref, le type de geek que l’on connait tous (ou plutôt que l’on est tous).

La force de la série est de traiter de sujets à la fois drôles et réalistes. On s’identifie sans peine aux acteurs et aux situations, bien que tout cela se déroule dans les années 80. On retrouve d’ailleurs plusieurs éléments qui apparaîtront dans les films produits par Apatow, comme Superbad: dans un épisode, Linda Cardellini doit acheter de l’alcool pour une soirée (ce qui donnera lieu à bien des péripéties, les geeks ayant l’idée saugrenue de remplacer la bière alcoolisée par un substitut, ce que personne ne remarquera), ou encore lorsque la bande des geeks se fera inviter à une soirée par les filles du lycées avec lesquelles ils aimeraient bien sortir.

Freaks and Geeks est une série générationnelle, différente de celles que l’on nous assène (Friends, How i met your mother, Big Bang Theory, pour le meilleur comme pour le pire), en ne centrant pas le scénario sur des répliques censées suscitées automatiquement le rire, mais en élaborant des situations parfois comiques, souvent touchantes. C’est finalement la méthode Apatow qui est ici élaborée: nul besoin de rires enregistrés ni de gags répétitifs, la nouvelle comédie américaine tente de construire une histoire à partir d’éléments vécus. Et c’est pas rien. On pourrait aussi parler de l’héritage de la comédie juive qui s’exprime en creux à travers Apatow et ses acteurs. Même si la série fait le choix de n’avoir qu’un personnage dont la parenté juive est revendiquée, tous les acteurs cités précédemment (à part Linda Cardellini) ont quelque chose à voir avec la religion juive (tendance qui se poursuivra dans les autres films d’Apatow, mais également dans des séries comme How i met your mother). Cet héritage comique mériterait d’être analysé plus en profondeur, mais ce n’est pas notre but aujourd’hui…

Nous reparlerons plus longuement d’Apatow à travers la série qui succédera à Freaks and Geeks, et qui ne durera elle-même qu’une saison, à savoir Undeclared, avec l’excellent Jay Baruchel.

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Plagiat

Qui peut regarder Gossip Girl? Cette série de la haute, pétrie de marketing, de fric et de fringues? Pas un rédacteur d’IVV quand même? C’est à l’opposé de tout ce qu’on a dit depuis 4 ans. Hé bien vous seriez étonné de ce qu’on apprend à propos de certains d’entre eux.

Ayant donc regardé quelques épisodes, j’ai décidé de partir en croisade contre ce syndrome de la « pauvre petit conne riche », mais ma velléité naturelle et d’autres occupations m’ont retardé, jusqu’à ce que je trouve dans le Diplo de l’hiver dernier cet article, qui résume en soi tout ce qu’on peut dire sur cette série. Ceci prouvant par ailleurs encore une fois que ce qu’on pense, le Diplo le couche par écrit. Bref laissons leur la plume:

 

« GOSSIP GIRL » CELEBRATION DES ELITES AMERICAINES

Regardée jusqu’en Chine, « Gossip Girl » met en scène la vie d’adolescents new-yorkais richissimes. La série, qui figure parmi les plus téléchargées sur Internet, véhicule un mépris social agressif.

« Je crois qu’il y a une fascination particulière pour les mondes dont on ne peut faire partie qu’à condition d’y être né. Dans “Newport Beach” (1), il était déjà question de gens riches qui vivaient dans une gated community [lotissement-bunker], mais, si on avait suffisamment d’argent et de succès, on pouvait devenir l’un d’entre eux. Dans l’Upper East Side, en revanche, seul compte le droit de la naissance. On n’y trouve pratiquement que des gens dont la famille est arrivée sur le Mayflower (2). J’ai grandi à Calgary avec une mère célibataire, je n’aurais pas pu être plus éloignée de cet univers. Et pourtant j’ai toujours été fascinée par l’idée qu’il existait (3). » Ces considérations de Stephanie Savage, la scénariste et productrice qui, avec le jeune prodige de la télévision Josh Schwarz, a créé « Gossip Girl », disent assez le masochisme foncier qui préside au succès de la série.

Lancée à la rentrée 2007 aux Etats-Unis par CW, la chaîne pour adolescents détenue conjointement par CBS et la Warner Bros., celle-ci met en scène une poignée d’élèves richissimes d’une école privée de New York. Regardée tant par son public cible que par de jeunes adultes — essentiellement des femmes — chez qui elle réveille la nostalgie de leurs années-lycée, elle est désormais diffusée dans près d’une cinquantaine de pays (dont la France, sur TF1).

Jeunes et beaux, ses héros vivent à l’année dans des palaces et ne se déplacent qu’en limousine. Leurs affaires de cœur et leurs rivalités, brassant des enjeux d’une portée métaphysique vertigineuse (« Comment devenir — ou rester — la reine de l’école ? », « Comment me faire bien voir du doyen de Yale ? », « Comment me venger de cette communiste de prof qui m’a mis un B ? »), se déroulent sur fond de fêtes branchées, de bals de fin d’année féeriques, de tournois de polo ou de ventes aux enchères chez Sotheby’s. Ils manifestent une arrogance virulente et décomplexée : ils considèrent que « le métro, c’est pour les rats » et maudissent ce monde qui, en dehors du quartier huppé de l’Upper East Side, où ils vivent, a parfois l’outrecuidance d’« oublier qu’il existe des classes sociales ». La mère de l’une d’entre eux ayant un passé amoureux chargé, on apprendra au passage que « Sarkozy embrasse mal ».

Bien que le téléspectateur appartienne, dans l’écrasante majorité des cas, aux classes sociales que ces personnages vomissent, la série l’amène à se prendre d’affection pour ces gosses de riches odieux. Pour cela, elle l’invite à s’identifier aux deux intrus pleins d’ambition qu’elle propulse dans cet univers : un frère et une sœur, Dan et Jenny, des manants qui vivent dans un loft à Brooklyn et dont le père, propriétaire d’une galerie d’art, se saigne aux quatre veines pour leur payer un lycée d’élite. Jenny rêve de devenir styliste ; Dan veut être écrivain, et se venge du mépris dont il est l’objet à coups de sarcasmes gauchisants. Son rapport à ce milieu connaîtra la même évolution que celui du spectateur : d’abord révulsé, il se laissera peu à peu amollir, sinon séduire, au fur et à mesure que les portes s’ouvriront devant lui. Il finira par trouver un certain charme à ce monde où « les draps sentent bon », tandis que la découverte de leurs blessures intimes lui révélera la touchante humanité que dissimulent ces jeunes snobs. Ainsi, ayant appris par hasard sur quel forfait a été bâti l’empire industriel du père d’un de ses camarades — un incendie déclenché pour toucher l’assurance qui a fait une victime —, il hésite à divulguer l’information, et finit par y renoncer. Son père approuve sa décision : « Tu as protégé cette famille. » La famille riche et puissante, s’entend…

« Gossip Girl » est l’exemple parfait d’un produit culturel hypercalibré. A l’origine, une agence de communication spécialisée dans la fiction pour jeunes filles, 17th Street Productions, a élaboré le concept : la vie de riches adolescents relatée par une mystérieuse blogueuse, Gossip Girl (« l’amatrice de potins »). L’éditeur Little, Brown and Co. l’a acheté et en a tiré une série de romans. Ceux-ci, écrits par Cecily von Ziegesar, qui, au départ, avait simplement rédigé le synopsis chez 17th Street, se sont vendus à des millions d’exemplaires, transformant leur auteure en reine incontestée de la « littérature pour jeunes adultes » ou, plus précisément encore, de la « littérature pour jeunes poulettes » (« young adult chick lit »).

L’adaptation télévisée en propose une version très aseptisée : disparus, les problèmes de drogue et de boulimie, l’ambiguïté sexuelle ; la punk au crâne rasé est devenue une ravissante métisse, le poète nihiliste, un boy-scout. Dans les premiers épisodes, certains éléments laissent poindre un soupçon de mauvais esprit dans le regard porté sur ce milieu : un jeune homme aux prises avec un père cocaïnomane accusé de malversations, une mère qui exerce une surveillance impitoyable sur le poids et l’apparence de sa fille… Très vite, cependant, ces velléités critiques cèdent la place à un message unique et nettement moins intellectualisant : il fait bon être riche.

Les héros de « Gossip Girl » ont donc d’excellents résultats scolaires, tout en passant leur temps à faire la fête et à courir les boutiques ; ils ont des parents aimants, des domestiques attentionnés ; leur vie sexuelle, à peine entamée, est aussi trépidante qu’épanouie, et les jeunes filles ont des corps parfaits sans souffrir de désordres alimentaires. Leur figure de proue, la blonde Serena Van der Woodsen, réalise l’un après l’autre tous les rêves que sont censées nourrir les adolescentes à l’ère du people : jouer les mannequins, trôner au premier rang d’un défilé de mode, s’envoler en jet privé pour un week-end en Espagne, se faire pourchasser par les paparazzi… tandis que Dan réalise ceux des garçons : séduire la star du lycée et, plus tard, une vedette de Hollywood.

En dehors de cet épuisement des fantasmes majoritaires, la série présente, côté narration, un encéphalogramme résolument plat, et cela en dépit des ambitions affichées : Cecily von Ziegesar avait calqué son intrigue de départ sur le roman d’Edith Wharton Le Temps de l’innocence (4), auquel les références abondent. Les acteurs sont sélectionnés pour leur physique avantageux plus que pour leur jeu, qui va du médiocre au calamiteux (Quoi, mon fils caché est mort dans un accident avant que j’aie pu faire sa connaissance ? Comme c’est triste ! Bon, si on mangeait chinois pour le dîner ?). Les intrigues sont convenues, les rebondissements improbables. Tout semble mis en œuvre pour que le téléspectateur puisse ne prêter qu’une oreille distraite aux dialogues (« Tu es ma meilleure amie, comment as-tu pu coucher avec mon fiancé ? ») et se concentrer sur les décors, sur les tenues des personnages et sur chaque détail de l’univers luxueux où ils évoluent : oh, la robe ! Oh, la chambre d’hôtel ! Oh, le collier !, etc.

Et cela tombe bien : non seulement la série constitue un écrin sur mesure — et surexploité — pour le placement de produits, mais on trouve, sur le site de la chaîne CW, une boutique où l’on peut acheter en ligne les vêtements et les bijoux portés par les actrices, qui se changent tous les trois plans environ ; les ventes explosent après chaque diffusion. Dans la fonction de série relais de l’industrie de la mode, « Gossip Girl » a remplacé « Sex and the City », tout en amenuisant encore la part de la fiction. Les magazines féminins s’arrachent les conseils vestimentaires de son styliste, qui a justement fait ses classes sur le plateau de « Sex and the City » et qui a développé au printemps une collection « Gossip Girl » pour une enseigne anglaise de prêt-à-porter. A grand renfort de slogans maniant le vieux paradoxe publicitaire de l’affirmation de soi par le suivisme(« You know what you want ! »), la consommatrice est invitée à choisir parmi différents styles, chacun correspondant à un personnage : rock, BCBG, ethnique-bohémien…

Ainsi, non seulement la série produit de la docilité sociale en substituant l’envie et la fascination à l’hostilité légitime que pourraient susciter ses jeunes héros, mais elle propage dans l’univers de la consommation des mots d’ordre impliquant des dépenses exorbitantes. Une blogueuse américaine, mère d’une adolescente, s’inquiète de cette stimulation effrénée de la pulsion d’achat : « A mon époque, on aimait déjà les marques, mais on parlait d’une paire de jeans à 70 dollars ; aujourd’hui, c’est plutôt d’un sac à 700 dollars. Que se passera-t-il quand ces jeunes vivront dans le monde réel et dépenseront tout leur salaire en chaussures ? (…) Je crois qu’une telle série, loin d’être un simple conte de fées, leur prépare d’immenses déconvenues (5). »

A l’étranger, « Gossip Girl » répand une image pour le moins biaisée de la vie des adolescents américains. En Chine, où l’on estime que chaque nouvel épisode est suivi par trois à cinq millions de personnes, un étudiant commentait sur un forum en ligne : « Aux Etats-Unis, les lycéens peuvent se maquiller, porter des bottes, boire du champagne et jouer avec des téléphones portables hypersophistiqués. Ils vivent aussi des histoires d’amour mouvementées. Cela nous renvoie à notre quotidien à nous, fait d’uniformes démodés, d’examens sans fin, de lunettes en cul de bouteille et de béguins secrets (6). »

A défaut d’avoir une quelconque qualité à faire valoir, la série se forge également une image branchée en soignant sa bande originale et en invitant de nombreux musiciens à y faire une apparition — la plus illustre étant Lady Gaga, dans la troisième saison. Avant de devenir galeriste, le père des deux jeunes héros « roturiers » a lui-même été, dans sa jeunesse, le chanteur d’un groupe de rock à succès, ce qui semble justifier l’intégration de ses enfants à cet univers. Autrement dit, les seuls mortels dignes d’accéder à l’Olympe des privilégiés, ce sont les membres du showbiz et leur progéniture. La série rejoint ainsi la presse anglaise ou américaine, qui parle couramment de l’« aristocratie du rock » ou des « royautés du rock », relayant le monde du spectacle dans son népotisme débridé et son culte de la lignée.

Au cours de la deuxième saison, le portier d’un immeuble cossu est surpris en train de lire le dernier livre d’Ann Coulter, une célèbre commentatrice politique conservatrice : GuiltyLiberal « Victims » and Their Assault on America (« Coupables : les “victimes” de gauche et leur attaque contre l’Amérique » (7)), énième variation sur le thème de la dictature des « perdants ». Cette saine lecture, dit-il, lui a été recommandée par Dorota, la gouvernante polonaise de l’une des héroïnes. Dévouée corps et âme à sa jeune maîtresse tyrannique, Dorota suit les péripéties de son existence comme on dévore un roman-feuilleton, passant alternativement de l’inquiétude à l’attendrissement. Devant « Gossip Girl », la vraie position du téléspectateur pourrait bien être celle de la bonne ou du portier…

Mona Cholet

(1) Titre original : « The O.C. » ; précédente série des mêmes producteurs (2003-2007).

(2) Bateau d’immigrants venus d’Angleterre au XVIIe siècle dont descendent nombre de personnalités de la haute société américaine.

(3) Toronto Sun, 10 mai 2010.

(4) Garnier Flammarion, Paris, 1993 [1920].

(5) Nina Goyco, « The Gossip Girl Era », Ay, Mama !, Chicagonow.com, 19 mai 2010.

(6) « Why China Loves “Gossip Girl” », Forbes.com, 24 avril 2010.

(7) Crown Forum, New York, 2009.

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Fringe atteint le point Godwin

Quoi, vous ne connaissez pas Fringe ? Bon, d’accord cette série n’est pas très connue de ce côté-ci de l’Atlantique, mais elle recueille un certain succès chez les nostalgiques de X-Files. L’idée est simple : une section du FBI est chargée de traiter des événements qui paraissent surnaturelles, mais qui en fait ne le sont pas. Un scientifique fou (John Noble, que tous les geeks connaissent comme Denethor dans Le retour du roi), accompagné de son fils (Joshua Jackson, connu pour son rôle dans Dawson) et d’un agent du FBI, essaient de trouver des explications scientifiques à ces phénomènes étranges. Le tout est réalisé par J.J. Abrams, à qui l’on doit notamment Lost et Alias.

L’idée de départ, pas très originale, est pourtant bien servi par John Noble en savant fou, et les intrigues sont plutôt bien ficelées, du moins dans la première saison… L’intrigue tourne autour d’un monde parallèle qui envoie ses agents dans notre monde pour le détruire. Malheureusement, la seconde saison abandonne toute originalité pour se contenter d’une succession d’enquêtes étranges à la X-Files.

Le dernier épisode (le quatorzième de la saison 2), utilise les vieilles ficelles du nazisme pour la première fois. Un savant nazi, qui bizarrement n’a pas vieilli depuis les années 40, a trouvé l’arme absolu du facho : pouvoir définir génétiquement les personnes que l’on veut tuer (peau noire/blanche, yeux bleus/marrons etc.). Intéressante mais bâclée, l’épisode se termine sur une inversion de l’utilisation du virus puisque John Noble l’utilise pour tuer le nazi.

Bref, le nazisme a encore un bel avenir dans les séries télés.

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Les nouvelles séries télé anglaises. L’horreur caustique.

Dans l’univers de la série télé anglaise, peu de titres nous parvienne, à cause de l’omniprésence des voisins ricains dans le domaine. Petits moyens mais humour caustique caractérisent l’esprit télé anglais, que ce soit The Office (repris par les ricains, en moins bien), mais aussi le moins connu Being Human. Dans cette série télé, un vampire et un loup garou travaillent tous deux comme infirmiers dans un hôpital, et essaient de s’insérer dans la vie humaine en cachant à leurs collègues leur identité. Ils partagent leur appartement avec un fantôme… Une photographie un peu crade, mais une bonne idée des rosbifs.

Mieux encore, Dead Set est une mini-série d’une saison reprenant la mythologie zombie. L’originalité étant que la série soit tournée dans les décors de l’émission de télé-réalité Big Brother. Le prime-time est envahi par des zombies avides de chair fraiche qui massacrent toute l’équipe de tournage. Les participants à l’émission sont pour l’heure épargnés, jusqu’à ce qu’une secrétaire arrive pour se réfugier dans leur baraque. Comme dans tout film avec des zombies, le principe est de faire réfléchir à notre société, ici c’est le voyeurisme inhérent à ce genre d’émissions. Les différentes techniques de survies sont assez cocasses, l’émergence des différentes individualités en période de crise est toujours très pertinent.


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Ouverture du blog Télé

Après le succès mondial du blog Ciné d’IVV, voici venu le temps d’élargir la plateforme Beulog de ce site avec l’ouverture d’une section consacrée à la Télé, et plus précisemment aux séries télé qui font le bonheur des rédacteurs d’IVV. Nous, fans de Big Bang Theory et How I Met The Mother of Arnaud, ne regardons pas vraiment la télé, mais plutôt les séries que nous téléchargeons illégalement (bouh! c’est pas bien).

It Is On!

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