Hunger Games, ce n’est pas l’adaptation en jeux vidéo d’Hunger de Steve McQueen, mais bien une adaptation cinématographique d’un livre à succès pour pré-adolescents boutonneux. Hunger Games, qui est sorti sur nos écrans la semaine dernière, est le premier volet d’une trilogie (quadrilogie pour le cinéma, faut bien se faire des brouzoufs) qui est construit sur la base classique d’une dystopie où les Etats-Unis sont fractionnés en 12 districts, dont chacun est spécialisé dans un domaine productif précis (plus le numéro du district est grand, plus il est pauvre). Pour unir le pays, qui s’est construit sur la répression d’une révolte populaire, chaque année a lieu les Hunger Games, un jeu télévisé où chaque district est représenté par un jeune homme et une jeune femme entre 12 et 18 ans tirés au sort, qui doivent se battre à mort, le survivant remportant honneur, gloire et argent (des mots qui font rêver).

Le spectacle se met en scène.
Bizarrement, ça ressemble à un autre film. Et un autre livre. Avec des japonais. Battle Royale? Le film/roman pompe allègrement dans cet univers somme de la culture japonaise, et c’est à l’aune de ce chef d’oeuvre (dont le statut culte est bien entendu contesté) qu’il faut appréhender Hunger Games. Et force est de constater qu’Hunger Games n’arrive pas à la cheville de Battle Royale, malgré un propos ouvertement politique. Tellement politique qu’il en devient indigeste, et faut-il rappelé qu’une métaphore martelée avec lourdeur perd de sa finesse, jusqu’à en devenir de la propagande mal digérée.
Car Hunger Games sature son propos d’allusions à l’empire romain. Les US se nomment « Panem » (et on comprend bien l’allusion à Panem et cireuses, et on se dit qu’une adaptation de Paul Veyne vaudrait bien mieux que cette pitoyable référence), et l’on rencontre des personnages se dénommant Cato ou Cinna. On aurait pu s’attendre à une critique du système spectaculaire-marchand, de la division du travail ou encore des inégalités sociales et spatiales. Mais non, c’est tellement évident, le contexte étant ouvertement sujet à la dénonciation, que c’est le contraire qui s’opère. L’héroïne devient le symbole de l’innocence, même lors des jeux, évitant ainsi de se poser la question de la violence dans ce contexte particulier, qui est toujours du côté des « méchants » caricaturaux, à l’inverse de Battle Royale.

Battle Royale, c’était quand même autre chose.
Pire encore, le film se fait l’avocat d’un individualisme forcené, et la complaisance des pauvres face au pouvoir spectaculaire. Il faut en effet séduire les riches pour avoir des chances de gagner, la beauté des habits de l’héroïne (aidé par Lenny Kravitz en styliste cool) devient une source de fierté pour le district 12. D’autre part, le « hunger » de Hunger Games n’est pas du tout exploité: personne ne semble souffrir particulièrement de la faim, chaque concurrent arrivant très bien à se nourrir, même dans le contexte difficile d’un jeu de survie en forêt. Le côté survival est très mal élaboré, au détriment de la sous-intrigue sentimentale. Toute pourrie au demeurant.
Battle Royale permettait de se poser la question du contemporain, en ancrant le récit dans un présent modifié. Hunger Games ne signifie rien, à part son propre vide.
En cadeau, un clip de Justin(e), Les restes. Ca n’a rien à voir, mais ça fait plaisir.
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