Pour beaucoup d’entre nous, le nom de Ridley Scott est associé à une jouissance juvénile face au tube cathodique du temps de la VHS, quand l’écran HD et le Blu-ray n’existaient pas. Nous n’étions pas nés lorsqu’en 1979 sortait Alien, en 1982 quand Blade Runner débarquait sur les écrans, ou à peine en 1985 lorsque Tom Cruise endossait ses collants verts dans l’héroic-fantastique Legend. Pourtant tous ces films font parti d’un imaginaire collectif forgé par Sir Scott qui gagnait là ses jalons de cinéaste « culte », au même titre que Spielberg ou Lucas, en version adulte. Nous étions au cinéma lors du revirement de Scott, qui commença à produire des films non associés à la science-fiction, lorsque Sigourney Weaver fut remplacé par Demi Moore dans un G.I. Jane où les hommes figuraient désormais les Aliens, où encore lors du succès mondial de Gladiator et de La chute du faucon noir. On commençait à perdre espoir, au vue de la qualité des films les plus récents de Ridley, Une grande année, American Gangster ou Robin des Bois. Alors quand on a su que Ridley nous préparait une préquelle d’Alien on avait le choix entre le doute et l’attente extasiée. Mais comme on est finalement des gamins, on a attendu.
Et il est temps aujourd’hui de répondre à la question : est-ce que ça en valait la peine ?

Il faut dire qu’on a laissé la saga Alien dans un sale état. Après deux excellents films (de Ridley Scott puis de James Cameron) qui ont posé les jalons de l’horreur métaphysique dans le cinéma SF, Fincher livrait un Alien 3 moins intense mais toujours intéressant. Avant d’être plombé par Jean-Pierre Jeunet et son esthétique à la limite du supportable. On passera sur le crossover Alien vs. Predator, bien que le premier épisode de ce dyptique commercial se rapproche du scénario de Prometheus, et pour cause, c’est la trame qui au départ devait servir à la réalisation de la première version du préquelle d’Alien par Ridley Scott, avant d’être abandonné. Le deuxième volet d’Alien vs. Predator est quant à lui une honte intergalactique, traînant dans la boue les deux monstres de Scott et McTiernan.
Autant vous dire que Prometheus était attendu au tournant. Pourtant Scott ne livre pas une réelle préquelle, donner l’explication clé en main de la présence du Space Jockey sur la planète LV-426 ne l’intéresse pas. Pour Scott il s’agit de livrer une œuvre-somme, une cosmologie traitant des questions éternelles que l’homme se pose : qu’est-ce que la création, d’où venons-nous, où allons-nous, à quelle heure on mange ?

Paradoxalement, la réponse ontologique de Scott est formulée par l’échange crépusculaire de Peter Weyland et de l’androïde Michael Fassbender à la fin du film : « il n’y a rien » /« Je sais ». La grande question de l’humanité est de manière amusante détourné par une création synthétique de l’homme: androïde privé d’émotions, Fassbender sait bien qu’il n’y a pas de sens à chercher dans la création. Assez intelligemment, l’utilisation du robot est porté encore plus loin que dans les précédents opus. Si l’androïde est ainsi capable de commettre les pires atrocités pour la science, ou de se montrer quasi-humain, jusqu’à développer un complexe d’Oedipe (là encore mythe fondateur, à l’instar de celui de Prométhée). Loin d’être un brûlot nihiliste, le film de Scott s’attaque à la problématique de la foi et de la raison, sous les traits d’une Noomi Rapace peu à l’aise dans son rôle de scientifique croyante. Film-somme, il l’est aussi par sa propension à intégrer tous les éléments de la saga Alien, comme la fameuse scène de basket dans le troisième opus, où un auto-avortement dans une séquence magnifique qui rappelle en creux la naissance du premier Alien.
Pourtant ce n’est pas le film qu’on nous promettait. Trop de longueurs et une interprétation assez moyenne d’une bonne partie des acteurs viennent assombrir le tableau. De même que le suspens, qui était habillement distillé dans les premiers Alien, ne fonctionne pas ici. Il reste que ce film offre un spectacle d’une beauté assez rare au cinéma, et pose des questions auxquels Scott fait bien de ne pas répondre. Pour ne pas, comme Weyland et Prométhée, sombrer dans l’hybris.
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