En sortant de certains films, en plus d’avoir un avis sur ce qu’on a vu, on éprouve le sentiment que lorsqu’on en parlera à d’autres (a fortiori si on en fait la critique), il va falloir prendre des pincettes pour ne pas révéler le cœur de l’intrigue. Dans ces situations, trop rares à mon goût, quoiqu’on ait pensé du film, il faut au moins lui reconnaître une vertu, celle d’avoir un scénario assez complexe, assez tordu pour mériter le secret.
La piel que habito rentre exactement dans cette catégorie. Au passage notez que cette digression préliminaire m’a permis de gagner un petit paragraphe puisque comme je l’ai écris je ne pourrai pas trop en dire sur le film lui-même.
Pour en revenir à nos moutons, ce dernier film d’Almodovar s’inscrit à merveille dans la filmographie du réalisateur espagnol, quand bien même il est une adaptation d’un roman de Thierry Jonquet (Mygale) . La mort, les intrigues de familles, l’identité sexuelle se retrouvent ici comme dans La mauvaise éducation, Parle avec elle… A ceci près que, par rapport aux deux derniers films du réalisateur espagnol, celui-ci apparaît comme plus noir, en tout cas plus dérangeant.
On peut néanmoins regretter l’enchevêtrement d’intrigues poussé à son paroxysme qui conduit le film a peu à peu abandonner des pistes vers lesquels est orienté le spectateur, et à laisser en chemin des personnages qui disparaissent de façon un peu abrupte. On ne le regrette que peu pour le « tigre », personnage météorite, peu crédible et assez insupportable dans son costume de carnaval. C’est plus ennuyant dans le cas de la servante jouée par Marisa Paredes, pourtant une habituée des films d’Almodovar (Tout sur ma mère, Talons aiguilles…). De même dans la première demi-heure on ne sait trop dans quel registre se classe La piel que habito : comédie ou bien drame. Cela dit passé ces premières hésitations et ces cul-de-sacs scénaristiques le film donne la chair de poule aux spectateurs, d’autant plus troublés que les hypothèses formulées en début de séance sont transformées de fond en comble.
Ainsi la question de l’identité de cette femme couverte de pieds à la tête d’un vêtement moulant couleur chair (Elena Anaya) est l’objet de toutes les sputations. Malheureusement les méandres dans lesquels nous entraine Almodovar s’avèrent assez vains, puisque dès que l’identité de ce cobaye du docteur joué par Antonio Banderas est éclaircie, la suite du film apparaît comme assez prévisible, et est d’ailleurs assez vite expédiée.
Malgré tout, à coup de scène de scalpels et grâce au calme machiavélique d’Antonio Banderas, l’histoire demeure terrifiante. En cela le film est aidé par ses interprètes : Elena Anaya, qui joue très bien la patiente cloîtrée, victime du syndrome de Stockholm pour le Dr Robert Ledgard (Antonio Banderas). Quand à ce dernier il incarne également justement ce personnage de génie médical, sûr de son talent, qui se rêve le Pygmalion de cette femme, mais a d’autres part des traits d’un Dr Frankenstein.

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Non content d’avoir déjà eu une chronique ciné sur Etreintes brisées



