Le défi du jour sera de ne pas placer une seule fois le mot « petit-bourgeois » dans cette critique de Take this Waltz, film de Sarah Polley avec Michelle Williams et Seth Rogen. Ca va être compliqué.
Ma conscience professionnelle me pousse à voir tous les films où jouent Seth Rogen et Jonah Hill. La présence de Seth Rogen a sein de cette comédie dramatique canadienne a de quoi étonner. Habitué plutôt aux rôles de paumés amateurs de marijuana, le voila en plein sundance, dans un film fabriqué pour plaire aux spectateurs new-yorkais avides de discours soporifiques sur le mal-être amoureux de la classe moyenne (et ce n’est pas qu’une remarque méchante, Sarah Polley a réellement concouru à Sundance en 2007 avec son précédent film, Away from Her).
Dès le départ, la photographie sent bon le cinéma indé, empêtré dans ses clichés les plus énervants. Des couleurs fauves pour bien accentuer la chaleur de Toronto en été et la tension sexuelle qui, bien entendu, est à son apogée lorsque le thermostat dépasse les 30°. On suit le parcours de Michelle Williams, déjà insipide dans Dawson (comme tous les acteurs issus de cette sitcom, Katie Holmes en tête), qui incarne une journaliste free-lance, mariée à Seth Rogen, auteur de « cook book » sur les différentes façons de cuisiner le poulet. Pour vous la faire courte, Michelle rencontre un beau gosse qui habite en face de chez elle, et partage avec lui des moments magiques (nager dans une piscine, faire un tour de manège), qui lui font douter de l’amour qu’elle porte pour son mari. Dilemme qu’elle met 1h45 à assumer, entrecoupé de considérations philosophiques d’une rare pertinence. Lors d’une scène de douche collective après une séance de piscine, les vieilles nageuses (symbole de l’expérience et de la sagesse bien entendu) apprennent à la jeunesse (symbole de l’impétuosité du désir, vous l’aurez deviné) que « new things get old ». Voilà tout le film résumé par cette phrase d’une sagesse légendaire, que la réalisatrice va tenter de nous faire comprendre à coup de clichés qui donnent, à l’instar de la valse du titre, la nausée (mais pas les mains sales).

Le mariage, c’est ennuyant. Même avec des couleurs vives.
Le film nous fait voir l’instabilité sentimentale d’un couple, marié depuis 5 ans. Grande originalité scénaristique, le couple s’enlise dans la monotonie au bout d’un certain temps. « Qu’est-ce que tu veux que je te raconte, dit Seth à Michelle, on se voit tous les jours, on connait tout l’un de l’autre ». Aussi philosophique qu’un Michel Onfray égrenant sa haine de la psychanalyse alors que Deleuze et Guattari ont déjà tout dit, Sara Polley dissèque le couple de la pire des façons, alors que Stanley Donen a fait bien mieux dans Voyage à deux. On apprend donc que le mariage est monotone alors que les rencontres sont excitantes, que ces rencontres inédites deviennent monotones dès lors qu’on s’installe dans une relation de couple. Du lourd, rien que du lourd.

Rencontrer de nouvelles personnes, c’est excitant, on a même du vent dans les cheveux.
Pire encore, la vision du bonheur selon Polley laisse frémir. Les « moments heureux » sont ceux du « fun » à l’américaine (ou canadienne). Se mettre des guirlandes sur son corps, s’amuser avec la bouche de son compagnon lorsqu’il est au téléphone, se balancer de l’eau froide alors qu’on prend une douche, faire un tour de manège… Une vision assez peu original, on en conviendra, du bonheur conjugal, menacé par le sérieux du travail de Rogen (cuisiner du poulet), lors de la meilleure (pire?) scène du film, où les deux protagonistes ont cette échange remarquable:
« I’m making chicken »
« You’re always making chicken »
Seth Rogen n’a d’ailleurs pas l’air d’y croire du tout. Obligé de faire du poulet pendant tout le film, sa retenue constante pourrait être interprétée comme un profond étonnement mélangé d’ennui. « Mais qu’est-ce que je fous là? » à l’air de se demander le pauvre Seth, devant une Michelle Williams toujours plus énervante. Ce qui est encore aggravé par la volonté de la réalisatrice d’appuyer ses métaphores et les épuiser jusqu’au désespoir du spectateur.
Il faudra attendre encore un peu pour revoir Seth Rogen dans un rôle apparemment plus intéressant. The Guilt Trip, avec Barbara Streisand, dont le titre laisse prévoir de grands moments de complexes oedipiens juifs.
Pour le meilleur aperçu du festival Sundance, je vous conseille de voir le 9e épisode de la deuxième saison de South Park, « Chef’s Chocolate Salty Balls », dont le résumé met déjà l’eau à la bouche:
South Park’s first film festival attracts crowds of pretentious, tofu-eating movie lovers to the quiet mountain town. The resulting strain on the sewer system causes problems for everybody’s favorite piece of talking poo, Mr. Hankey. Kyle must appeal to the movie industry to save his little friend’s life.
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Christophe Honoré depuis une dizaine d’année a réussi à se faire un nom dans le cinéma français : lorsque la sortie des Bien-Aimés a été annoncée, les avis étaient tranchés. Ainsi une bonne moitié de mes connaissances refusait absolument d’aller voir le film, en prédisant un énième pamphlet bobo-parisien ; les autres voulaient y aller, pour les mêmes raisons.
Faire la couverture de Libé, ça n’inspire pas confiance. Mais quand
« Quand je m’y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s’exposent, dans la cour, dans la guerre, d’où naissent tant de querelles, de passions, d’entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. On n’achètera une charge à l’armée si cher, que parce qu’on trouverait insupportable de ne bouger de la ville ; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir », Pascal, Les pensées.