Nicolas en Cage

Je me rendais, comme toutes les semaines, chez mon vendeur de dvd pirates préféré de Pékin. Passant devant Drive Angry (Hell Driver en céfran), je me dis « hum, un film avec Nicolas Cage revenu des enfers qui se tape contre des méchants fanatiques de Satan, ça m’a l’air fort bon ». Car il faut le rappeler, passé un certain niveau de nihilisme, on peut trouver dans les productions les plus gerbantes d’Hollywood des qualités inespérées. Le vendeur me regarde donc, en me disant « ce film est mauvais ». Je le regarde en rigolant, et je lui réplique « je sais ». J’aimerais rendre ici un hommage aux vendeurs de dvd et aux dvd chinois. Par exemple, sur la jaquette de Drive Angry, on peut lire une critique assassine du film, tandis que sur celle de Ceux qui m’aiment prendront le train, on peut y apprendre que le film est réalisé par le « french erotic filmaker Patrick Chereau ». Autant de bonheurs volés à la périphérie du film.

Donc revenons au sujet qui nous intéresse, Nicolas Cage. Le neveu de Francis Ford Coppola (et non pas Francis Ford Coppula, bandes d’obsédés) est un excellent acteur. Sa filmographie milite pour lui : Birdy d’Alan Parker, Raising Arizona des frères Coen, Sailor et Lula de Lynch, Kiss of death de Schroeder, Leaving Las Vegas, Snake Eyes de De Palma (un de mes films d’adolescence préféré, un jeu d’acteur excellent et une maîtrise de la temporalité tout à fait exceptionnelle), Bad Lieutenant d’Herzog. On peut dire que tourner avec autant de réalisateurs prestigieux est signe d’une certaine dextérité dans le jeu d’acteur, ce qui lui vaudra un Oscar en 1996 pour Leaving Las Vegas. Mais Nicolas Cage est aussi un grand rigolo. Par exemple, il a appelé son fils Kal-El (qui est le vrai nom de Superman, pauvre gosse). En 1996, il joue dans Rock de Michael Bay. Et là, c’est le drame : Nicolas kiffe sa race dans des films d’action bourrins. Il tourne l’année suivante dans Con Air, une sombre daube, puis dans Volte-Face de John Woo (qui est nonobstant un très bon film d’action, faut pas déconner non plus c’est John « Action Man » Woo). Puis La cité des anges, une adaptation toute pourrie des Ailes du désir de Wim Wenders, film préféré de ma sœur, avec lequel elle m’a saoulé toute ma jeunesse. On peut citer au nombre des blockbusters bien ricains 60 secondes chrono, Family Man, Windtalkers, Benjamin Gates, The weather man, Ghost Rider, Bangkok Dangerous, Kick Ass, L’apprenti sorcier… La qualité commence à diminuer au profit de la quantité, et surtout du cachet. L’homme au sourire de schizo doit sûrement un paquet de blé aux impôts, ce qui permettrait d’expliquer une telle régularité dans le navet…

Mais il faut l’avouer, Nicolas Cage force l’admiration à force de négation de soi. C’est un acteur-mercenaire parfait, qui s’adapte à toutes les situations, lui-même l’avoue, il prend son pied à tourner des films d’action bad-ass, à jouer le fou furieux sur une moto avec des mitraillettes. Nicolas Cage est l’acteur deleuzien par excellence : il se place dans un devenir-machine, et même un devenir-industrielle qu’il a lui-même inventé. C’est un corps sans organe, un jeu vide de contenu qui se reconnait  au premier coup d’oeil : le rictus de la bête. Nicolas Cage est le meilleur des acteurs de sa génération parce qu’il néantise.

Prenons deux films récents pour s’en persuader. Commençons par Season of the witch (Le dernier des templiers). Dans ce film, où il partage la vedette avec Ron Perlman, Nicolas joue un templier qui déserte les croisades après avoir participé à un massacre de civils Sarrazins en terre promise. Il se fait pourtant engager afin de transporter une sorcière jusqu’au monastère de Séverac pour procéder à sa condamnation, qui permettrait de mettre fin à une épidémie de lèpre. Bon, on a une petite critique des croisades et de la barbarie envers les civils (mais pas envers les soldats Sarrazins, qui de toute façon n’ont pas d’âme). Cage fait dans le cabotinage avec des répliques dont se moque même Perlman, dont on se demande ce qu’il fait là (« j’ai juré allégeance à Dieu, pas à l’Eglise »). Par contre, la chasse aux sorcières est légitimée par le fait que… ce sont vraiment des sorcières. Au début on se dit « non, c’est pas vrai, ils vont pas pousser la perversité jusqu’à faire de cette pauvre fille une vraie sorcière ». Mais en fait si, et on s’en aperçoit bien vite. Le huis-clos perd ainsi de son intérêt, puisque les mimique de la sorcière pour attirer la sympathie des protagonistes ne font pas mouche. Bref, c’est de la grosse production agrémentée d’heroic-fantasy, un rôle parfait pour Cage qui nous y a habitué depuis L’apprenti sorcier (mais qu’est-ce que faisait Jay Baruchel dans ce nanard Disney ?). Nicolas joue pourtant son rôle consciencieusement, en faisant des efforts pour ne pas rire. On lui en est grès.

Il serait pourtant éronné de comparer Season of the witch avec le dernier Cage, Drive Angry. Ce film « tourné en 3D » (malheureusement j’ai pas la 3D dans mon hutong) se rapproche des grindhouse à la Tarantino, tout en surpassant largement les films de Rodriguez (père et pils). Nicolas Cage campe un criminel échappé des enfers qui revient sur terre pour sauver sa petite fille, qui va être sacrifiée par une secte satanique à la pleine lune. Du gros road movie bien saignant, bien gore, le tout avec un scénario totalement absent, et des répliques savoureuses. En chemin, Nicolas Cage croise la route d’une sublime blonde qui va finalement se révéler être une adjuvante tout à fait capable de foutre des raclées aux membres du culte satanique. Rajoutons que Cage est poursuivi par « the accountant », qui aimerait le ramener en enfer… Les scènes d’action sont parfaites, citons même une scène désormais culte : Nicolas Cage dégomme au pistolet ses adversaires, une bouteille de whisky à la main, et une serveuses entre les hanches… Un gunfight post-coïtal peu habituel. Le film assume jusqu’au bout son statut de « film de genre », il ne prétend rien révolutionner, mais aller jusqu’au bout du concept qui l’habite. Et ça, c’est assez rare dans le cinéma contemporain pour être souligné : on ne veut pas faire dans l’épaisseur psychologique, on ne veut pas « jouer avec les codes », ou bien avoir des prétentions qui ne sont pas en adéquation avec la forme du film. Prend ça Rodriguez.

Bref, gloire à Nicolas Cage, qu’il continue à nous faire rêver avec ses rôles de bourrin, sans lui, les samedi soirs seraient bien tristes.

Et nous attendons avec impatience Ghost Rider 2. Oh, oui !

Question complémentaire : est-ce que quelqu’un sait si un film a été réalisé sur les croisades, mais du point de vue des arabes ?

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