Dans la famille geek je voudrais le fils prodige qui représente au cinéma la génération lunette/ordi/manga…

Ils sont (au moins) deux, Michael Cera et Jesse Eisenberg. A ma droite Michael Cera, révélé au grand public dans le désormais culte Juno, où il jouait le père involontaire d’un bébé à naître. En fait, il sévissait déjà dans la série télé Arrested Development, sûrement une des meilleures série sur la famille américaine après la fin de Freaks and geeks, mais on l’avait aussi vu dans Superbad, l’anti-American Pie scénarisé par Seth Rogen, en compagnie de Jonah Hill. On peut aussi citer L’an 1, Be Bad, Nick and Norah’s infinite playlist et the last but not the least, Scott Pilgrim. Avec un pedigree tel que celui-ci, on ne peut qu’applaudir par emoticon interposé. Une telle persévérance dans l’imaginaire geek/nerd est peu courant. Le type est quand même l’incarnation du looser sympa. Il a par ailleurs tourné avec une grande partie de la famille de la nouvelle comédie américaine, que ce soit la clique Apatow avec Superbad, les nouveaux indé avec Juno, Jack Black avec L’an 1, et les nouveaux geeks dans Scott Pilgrim…
A ma gauche, Jesse Eisenberg. Une gueule de premier de la classe, en mode juif bouclé. Son rôle le plus connu est bien entendu l’incarnation du diable dans The social network (le créateur de facebook), qui fait de lui l’idole des utilisateurs de réseaux sociaux. On lui doit aussi le mésestimé Adventureland et le non moins excellent Zombieland. Lui aussi flirte avec le gang Apatow (le réalisateur d’Adventurland, Greg Mottola est également celui de Superbad).
Alors qui gagne?
Il faut avouer que cette année, nos deux candidats ont clairement divergé dans leur choix de carrière. Michael Cera, qui est un peu l’homme d’un seul rôle (ses interprétations dans Juno, Nick and Norah, Be Bad ou encore Superbad, bien qu’excellentes, sont presque interchangeable), incarne Scott Pilgrim, directement inspiré d’un manga canadien. Le film, excellent, et très certainement le plus près de ce que l’on pourrait appeler une « culture nerd », ne rencontre qu’un succès d’estime. Il est pourtant fort à parier qu’il ne devienne dans quelques années un film culte. Jesse quant à lui, s’écarte du chemin geek avec Holy Roller. Un film très mal traduit en français (Jewish Connection), puisque la Jewish Connection a réellement existé, et qu’elle représentait au début du siècle précédent la mafia juive (revoir à ce propos Once upon a time in Manhattan). Dans Holy Roller, Jesse interprète un jeune « hassid désireux de s’extirper de son carcan familial, et qui rencontre un dealer israélien qui fait passer de l’ectasy à Brooklyn via des mules hassidiques. Le film n’est pas très bien réalisé, certes, mais on peut mettre au crédit de Jesse une interprétation tout à fait convaincante.
Bref vous l’aurez compris, Eisenberg tente tant bien que mal de s’arracher l’étiquette « geek » qui lui colle à la peau. Ce que Cera ne tente justement pas de faire. Car Michael Cera représente jusqu’à la moelle le paradigme-nerd, tous ses mouvements, sa gestuelle, bref son dasein est nerd. Il est peu probable qu’un rôle à la Tchao Pantin comme pour Coluche ne lui permette de changer de registre. Quand à Jesse Eisenberg, son jeu n’est pas totalement geek. Il nous fait le coup de l’actor studio pour The social network (réalisé tout de même par David Fincher), et n’a réellement de geek que la posture. « I’m a CEO, bitch » nous dit-il en somme, alors que la carte de visite de Cera ressemblerait plutôt à « I’m a nerd, bitch ». Nous faisons face à deux choix de carrière différents, et l’avenir seul nous dira qui des deux nerd réussira sa mue.
Vainqueur de la persistance geek: Cera sans aucun doute.
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