La Spielberg touch

Pourquoi un billet sur Spielberg, alors que son prochain film, Tintin et le secret de la licorne, ne sortira que le 26 octobre ? Parce que deux films récents lui rendent directement hommage. Un hommage officiel qui plus est, puisque l’ami Steven est producteur des deux gros blockbusters de l’été. Avec quelque réussite certes, mais dans des registres différents.

Mais s’il s’agit dans les deux cas d’aliens.

E.T. vs Alien

{jcomments off}Le passage au cinéma de J.J. Abrams n’a pas été inintéressant. Ses deux premiers films réadaptaient des séries télé avec plus (Star Trek) ou moins (Mission Impossible III) de réussite. Ce qui parait finalement logique pour un réalisateur de séries assez doué (on lui doit Alias, Lost et dernièrement Fringe qui avant de s’empêtrer dans des histoires assez chelous de mondes parallèles avait réussi à se démarquer des CSI-like habituels).

Ici il ne s’agit pas de reprendre de vieilles gloires télévisuelles, mais de rendre hommage à un certain type de films. Ces films, comme tout le monde sait, sont les productions Amblin des années 80, en premier lieu E.T., Les goonies, Les Greemlins et Retour vers le futur. Les kids des années 2010 ne seront certes pas sensibles aux références déployés par J.J., qui vise un public de trentenaires (mais aussi ceux qui, plus jeunes, ont été nourris à ces productions signés Spielberg sur VHS piraté). On peut se demander quel peut être la réception de Super 8 par un gamin de 10 ans qui a grandi avec… je sais pas vraiment avec quoi en fait. Putain, je me fais vieux.

Mais bon, pour nous, Super 8 rappelle des grands moments de l’enfance. Comme lorsque je regardais tous les soirs sous mon lit pour voir s’il n’y avait pas de greemlins, ou que j’essayais d’inventer des farces boumchtatrape à la manière de Data (le noich des Goonies). En bref, J.J. reprend l’intrigue de E.T., à savoir un alien paumé qui cherche à rentrer chez lui et une bande de jeunes adolescent dans une ville classe moyenne des Etats-Unis. Sauf que contrairement à E.T., l’alien n’a pas été recueilli par les gosses, mais pas le gouvernement. Et qu’à force d’expériences assez désagréables, il est devenu méchant. Enfin pas trop, mais quand même.

Le film se déroule dans les années 80, ce qui a pour effet de distancier un peu plus les jeunes spectateurs, mais permet d’ancrer le récit dans l’âge d’or d’Amblin et de ses productions pour adolescents geeks. En parlant d’adolescents geeks, J.J. fait le portrait d’une bande de bras cassés passionnés de films d’horreur, qui tentent de concourir pour un festival de cinéma amateur, grâce à leur Super 8 (d’où le titre du film). En plus d’être un hommage aux productions de Spielberg, le film l’est également à tout ce cinéma amateur qui a formé les plus grands réalisateurs, qui armés d’une Super 8 filmaient leur environnement familial ou leurs propres créations imaginaires. En tournant une scène de leur film (une histoire de zombie), les ados assistent perplexe à un déraillement de train. Cette scène est certainement la plus belle qu’on est vu depuis bien longtemps. Je vous le dis, le déraillement seul vaut le prix du ticket. Bref, s’ensuit un jeu de cache-cache entre l’alien et l’armée, auquel les ados assistent perplexes. Car les interactions entre l’alien et les enfants sont de fait très peu nombreux, J.J. préférant dresser un tableau de la vie adolescente dans les petites villes américaines. Comme dans les films d’Amblin, nous avons le garçon issu d’une famille monoparentale (la mère du jeune héros est morte d’un accident dans l’usine où elle travaillait, et la fille dont la mère s’est cassée), le gros sympa (comme Choco dans Les goonies), et le dingue d’explosifs (qui rappelle un peu Data). Amour, amitié et jalousie sont au rendez-vous, mais également un regard finalement assez critique sur le monde des adultes, fait de haine et d’incompréhension.

Indiana Jones vs. James Bond

Croyez le ou non, le Western-fiction est un genre très prisé de certains comics américains. La récente (mauvaise) adaptation de Jonah Hex en est une preuve. Dans Cowboy and Aliens, Josh Brolin cède la place à Daniel Craig et Megan Fox à Olivia Wilde. On perd au change dans le dernier cas. On imagine bien les scénaristes du comics d’où le film est tiré s’être retrouvé au bar un soir. « Hey, Joe, t’as vu Alien vs. Predator c’était bien non ? Si on faisait une série sur des aliens contre les dents de la mer ? », « non Jack, j’ai une meilleure idée, si on disait que des aliens étaient venus conquérir la terre au temps du far west ? Ca serait trop de la balle ! Garçon, une autre Bud s’il vous plait ».

Cette idée saugrenue de départ rend le film au premier abord sympathique. Et disons le tout de suite, Spielberg est encore à la production. Du coup il a ramené son pote Harisson Ford, qui joue un vieux colonel aigri qui part à la recherche de son fils enlevé par des aliens. James Bond, pardon Daniel Craig, fait comme d’habitude. Une présence assez impressionnante, mais des dialogues inexistants. Mais bon, on lui demande de se battre contre des aliens, pas de réciter Le discours de la méthode.

Le gros avantage de Daniel Craig, c’est de posséder autour de son bras une arme super sophistiqué lui permettant d’envoyer des rafales d’énergies. Ayant perdu la mémoire, il ne sait pas comment cette arme est arrivée en sa possession. Et ne comptez pas sur moi pour vous révéler le secret, cela occupe une bonne partie du film.

Daniel Craig reprend ici symboliquement le flambeau d’Harisson Ford dans Indiana Jones. Increvable, téméraire, il va même jusqu’à singer le prof d’archéologie en tentant de récupérer son chapeau toutes les deux minutes. Hommage, hommage.

Bon, après on a les gros thèmes des blockbusters américains, l’union des indiens et des cowboys (oui, on vous a tous massacrés, mais les aliens ne font pas eux la différence entre les peaux rouges et les peaux blanches), et la cupidité des hommes. La raison pour laquelle les aliens sont arrivés sur terre est pas mal trouvée, malheureusement la fin du film sape toute la morale que l’on croyait tournée contre l’exploitation des ressources terrestres. Tout ça pour dire qu’il faut s’unir contre les étrangers qui viennent exploiter les ressources de l’Amérique. Les chinois ?

Finalement, Spielberg, même s’il n’est pas présent en tant que réalisateur, pose sa patte sur les sorties de l’été. Ce n’est pas tant dans le fait qu’il soit le producteur de Super 8 et Cowboys and aliens, mais parce que tous ces films lui rendent un hommage appuyé, à sa vision d’un cinéma populaire mais inventif. On peut aussi se poser la question de l’omniprésence de la figure de l’alien dans le cinéma spielbergien. Pas que de l’extra-terrestre (que l’on peu retrouver dans E.T., Rencontre avec le troisième type, La guerre des mondes, Indiana Jones et la crâne de cristal), mais également de l’étranger persécuté et incompris (La couleur pourpre, La liste de Schindler, Le terminal, Amistad). Peut être faut-il considérer le parcours personnel de Spielberg comme une déterritorialisation permanente, un exil continu qui ne trouve son point d’attache que dans l’imaginaire permis par le cinéma.

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