Etreintes brisées – l’autre chronique.

Non content d’avoir déjà eu une chronique ciné sur Etreintes brisées, lecteur, tu vas avoir un autre avis. Oui, cela fait longtemps (au moins depuis Star Trek) que je n’ai pas chroniqué de film, laissant ce soin à mon honorable collègue. Mais rassure toi, jeune lecteur (si tu existes bel et bien), ma chronique n’aura pas grand chose à voir avec celle de mon collègue, puisque je ne suis pas fasciné par Pénelope Cruz…

Re-situons le film. Almodovar nous livre là sa deuxième collaboration avec Pénelope Cruz, qui est en passe de remplacer Victoria Abril dans le panthéon du réalisateur espagnol. Il faut dire que Pénelope poursuit sur sa lancée de grands réalisateurs, après Vicky Christina Barcelona du tout aussi grand, mais plus juif, réalisateur Woody Allen. On peut ainsi repérer un petit clin d’œil au film du New-Yorkais dans le dernier Almodovar, des producteurs américains insistant pour tourner leur film à Barcelone… Et ce n’est pas la seule référence à Woody, nous en reparlerons.

L’histoire maintenant. Il ne faut pas ici se fier à la tête d’affiche du film, Pénelope Cruz. Celle-ci n’est pas le sujet principal du film, au contraire, c’est plutôt la figure masculine, et encore plus, celle du père qui permet de retrouver la logique du film. C’est le deuxième film d’Almodovar, après La mauvaise éducation, qui prend pour sujet principal les hommes, contrairement à l’habitude de Pedro de traiter exclusivement les figures féminines (confer Volver). On peut y voir, comme dans La mauvaise éducation, un signe d’un traitement plus personnel du sujet. La mauvaise éducation formant avec Etreintes brisées un diptyque particulier, traitant du développement de l’enfant en homme, Etreintes brisées se focalisant sur le passage à l’état de père.

Le père est donc le fil rouge du film. C’est celui de Pénelope Cruz qui, mourant, se retrouve diminué et comparable à un enfant, se reposant sur sa femme et sa fille. C’est aussi celui qui est représenté par le personnage d’Hernesto Martel, l’amant richissime de Pénelope. Hernesto est un père indigne, qui ne s’occupe guère de son fils, homosexuel refoulé, à part pour s’en servir comme détective privé. Un père lubrique, qui ressemble à s’y méprendre au personnage des Frères Karamasov, Fiodor, hai par ses fils et assassiné par son bâtard. Ici, le parricide est symbolique, puisque son fils change de nom pour couper les derniers liens qui le rattachent à son paternel, et tente de réaliser un film sur sa relation au père, comme une dernière catharsis. L’autre père, c’est le réalisateur et scénariste Mateo Blanco, qui entretient une relation quasi-filiale avec Diego, avant qu’ils n’apprennent tous deux que Mateo est bel et bien le père biologique de Diego. Leur relation est idéelle, Mateo étant le confident, père spirituel et modèle du jeune Diego. Il lui offre tout ce qu’un fils peut attendre de son père, c’est-à-dire de l’affection et un guide intellectuel. La scène la plus touchante, et la plus drôle, est celle de la création d’un scenario par les deux protagonistes, une histoire de vampires assoiffés de sang et de sexe. L’opposition entre les deux figures du père peut être rapportée à la propre histoire d’Almodovar, Hernesto représentant quelque peu son propre père, tandis que Mateo est celui qu’il aimerait avoir/être.

Le problème de la création artistique est aussi au centre du film. En effet, Mateo est scénariste et réalisateur (tiens, ça vous rappelle pas quelqu’un ?), Pénelope une actrice débutante, et Hernesto le producteur qui veut surveiller sa maîtresse grâce à son argent. Le montage, qui se révélera être un faux, offre au film ses moments les plus plaisants, véritable mise en abîme, à plusieurs niveaux. En effet, le film que dirige Mateo n’est autre que Femmes au bord de la crise de nerfs, film génial de Pedro dans sa période comique. On assiste à une véritable reconstitution de moments cultes du film (on se rappellera du fameux gaspacho), avec l’apparition en guest-star de Rossy de Palma. Le problème de la création, c’est aussi celle de la cécité de Mateo, après son accident de voiture, qui paradoxalement lui ouvrira les portes d’autres perceptions, peut être plus réelles, un peu comme Démocrite (putain les références). Comment faire du cinéma, sans voir ? La réponse devrait se trouver plutôt chez Woody Allen, oui, rappelez-vous d’Hollywood Ending, où notre Woody, réalisateur intello et peu apprécié du monde du showbiz, se retrouve privé de vue en plein milieu d’un tournage. Finalement, c’est la dernière phrase du film qui le résume le mieux : il faut à tout prix finir un film. Même aveugle.

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On attendait Pénélope Cruz!

Des deux chroniqueurs de IVV c’est moi qui ai pu aller voir le dernier Almodovar en premier. Merci aux 3 partiels de chinois de mon collègue ! Enfin j’échappe aux « X-Men« , « Ange et Démons » et autres « Millenium » (oui on vous chronique pas tout non plus).

Voilà l’année 2009 a vraiment commencée ! Oui pour nous chroniqueurs ciné l’année ne commence pas le 1er janvier, ni au Nouvel An Chinois, ni même à Roch Hachana, mais lorsque l’on a vu son premier film présenté à Cannes pendant l’année. « Etreintes brisées » ne devrait cependant pas être le film qui donnera sa première Palme d’Or à Almodovar, à moins qu’elle ne soit attribuée pour l’ensemble de sa carrière. En effet « Etreintes brisées » ne vaut pas « Tout sur ma mère », « Volver » ou « Parle avec elle ». Le film est moins original, et reprend les mêmes ficelles que celles qu’Almodovar utilise depuis la Movida : l’histoire est partagée entre deux époques : les années 90 et nos jours, et les fils de l’intrigue qui se nouent 15 ans auparavant sont démêlés aujourd’hui, redécouvert en même temps par les personnages et le spectateur. Rien de très original donc, mais malgré cela le film est aussi bien réussi que ses prédécesseurs. Son seul pêché est ce manque d’invention. S’il fallait donner un exemple de parcours à suivre à Pedro, on lui conseillerait de s’inspirer de Woody Allen : désormais il s’absente un film sur deux, l’occasion pour lui d’innover, et en même temps de nous rappeler à quel point son caractère comique nous manque alors…

Malgré tout « Etreintes brisées » marque aussi pour Almodovar et Pénélope Cruz une certaine arrivée au sommet : l’un comme l’autre son devenu des icônes de cinéma, et ils en jouent dans le film. Ainsi pour la première fois Almodovar situe directement son film dans le milieu du Cinéma : le personnage principal incarné par Lluis Homar est un scénariste réalisateur devenu aveugle après un accident qui clôt la première période du film. Léna, jouée par Pénélope Cruz est l’actrice qu’il découvre, et dont il fait sa maîtresse à l’occasion du tournage. Devenue une actrice reconnue comme l’une des plus grande et véritable sex-symbol depuis le baiser avec Scarlett Johansson dans « Vicky, Christina Barcelona », Pénélope Cruz joue même avec les références : les scènes de tournage et de maquillage sont l’occasion de se grimer en Audrey Hepburn et Marilyn.

 

Admirez un peu:

Plus vrai que nature!

 

Il est même question pendant le film d’un tournage à Barcelone avec des américains, ce qu’on imagine fort bien être un clin d’œil au dernier Woody.

« Etreintes brisées » représente donc une revue générale et parfaitement maîtrisée de l’univers et du style de Almodovar, on passe 2h09 très agréablement, sans toutefois être retourné comme on le serait par une découverte. Mais dans le morne paysage de la programmation en ce moment c’est sûrement un des meilleurs choix (et de loin !), mais patience, une fois Cannes passé ça devrait aller mieux !

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