J’ai « Bien-Aimés »

Christophe Honoré depuis une dizaine d’année a réussi à se faire un nom dans le cinéma français : lorsque la sortie des Bien-Aimés a été annoncée, les avis étaient tranchés. Ainsi une bonne moitié de mes connaissances refusait absolument d’aller voir le film, en prédisant un énième pamphlet bobo-parisien ; les autres voulaient y aller, pour les mêmes raisons.

Balançant entre ces deux opinions, j’ai été voir les Bien-Aimés non sans une certaine prévention. La doublette Honoré-Alex Beaupain faisant craindre que le film ne soit qu’une récidive des Chansons d’Amour (un ça va, deux…). Effectivement c’est en parti le cas, et c’est de loin le moins bon côté du film. Les chansons d’Alex Beaupain ne prennent pas, elles paraissent artificiellement plaquées, d’autant que les acteurs ne chantent pas forcément très bien, mis à part Catherine Deneuve.

En revanche l’histoire du duo mère-fille, la première étant incarnée par Ludivine Sagnier, puis Catherine, la seconde par Chiara Mastroiani, est nettement plus intéressante. Sur 50 ans elles parcourent à elles deux un long chemin du Paris des années 60 à celui d’aujourd’hui en passant par Prague et Montréal. Or Prague, surtout au printemps, semble une destination peu logique pour ces romances sans frontières. Faut-il voir là la volonté de Christophe Honoré de travailler avec Milos Forman ? Probablement. Mais cela m’a aussi renvoyé à Kundera, et son insoutenable légèreté de l’être.  La mère, sous les traits de Catherine Deneuve chante d’ailleurs qu’elle est restée « une fille légère », et cela malgré son histoire chaotique, abandonnée comme elle le fut par son beau tchèque, au milieu des chars soviétiques tout juste entrés dans Prague. A 20 ans comme à 60, elle fait des choix sur un coup de tête, allant du lit de son mari tchèque à celui de son gendarme français. Mais si pour elle cette légèreté est loin d’être insoutenable, il en va tout autrement pour sa fille. Celle-ci semble agir de même, elle cherche à se laisser vivre dans l’instant. Mais là où pour sa mère les situations les plus complexes se dénouaient avec facilité, Chiara Mastroiani se heurte à une multitude d’obstacle : l’homosexualité du beau batteur d’un groupe de rock londonien, le Sida, le 11 septembre.

Ainsi ce, contrairement à ce que leur fait chanter Alex Beaupain, Catherine Deneuve et Chiara Mastroiani  ne sont pas « telle mère, telle fille », car leurs destins suivent au final des voies bien différentes : la légèreté ne fonctionne pas pour la seconde, ce que l’on découvre dans une scène, un peu pathétique, censée se passer le 11 septembre : le refus du monde extérieur échoue, et emporte la fille, là où la mère avait passé sans encombre le printemps de Prague.

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