Petite séquence rétrospective des super héros de l’année 2011. Nous ne sommes pas en décembre, certes. Les films dont je vais parler sont sortis il y a déjà quelques temps, certes. Mais de toute façon c’est moi qui écris.
En fait c’est parce que je viens de me taper trois films de super héros pour parfaire ma connaissance des comics au cinéma, et surtout afin de me préparer aux Avengers de Joss Whedon, mai 2012 sur vos écrans (4 mai aux US, pour nous on sait pas trop).
En tout cas, l’année 2011 a été prolixe en super héros en collant moule-bite. Par contre, la qualité n’était pas vraiment au rendez-vous. Nous avons déjà parlé de X-Men Origins: First Class, et malgré toutes les limites du film de Matthew Vaughn, il supplante les films en 3D qu’on nous a infligé.
Hal Jordan à la lanterne

Gros gros gros foirage, ce Green Lantern version ultra-kitch. Les effets spéciaux sont improbables, les acteurs sont médiocres. Ryan Renolds, qui nous avait déjà infligé une personnification de Deadpool dans le également très mauvais X-Men Origins: Wolverine. D’ailleurs petite controverse dans la communauté geek, comment un acteur qui a joué dans une production Marvel, et qui va revêtir de nouveau le costume de Deadpool (malheureusement pour le personnage de Marvel que je chérie particulièrement) peut-il se compromettre dans une production DC? On rappellera aux mauvais élèves qui lisent ce blog que DC publie les aventures de la Justice League (Superman, Batman, Green Lantern, Flash, Wonder Woman, etc.), tandis que Marvel est lui l’éditeur des Avengers (Iron Man, Thor, Hulk, Captain America, etc.). La rencontre de ces deux univers produit des crossovers particulièrement savoureux.
Bref, en gros Green Lantern c’est Hal (qui n’a aucun rapport avec IBM) Jordan, un pilote d’avion qui tombe sur un extra-terrestre mourant qui lui file une bague et une lanterne. Bon, ça à l’air bizarre dit comme ça, mais c’est un super héros extrêmement populaire qui a fait fantasmé de nombreuses générations. Car grâce à cette bague (qu’il lui faut recharger), il peut créer tout ce qui lui passe par la tête, de l’arme la plus perfectionnée à l’objet le plus improbable. Green Lantern fait également partie des Green Lantern Corps, les gardiens de l’ordre de l’univers qui possèdent tous la même bague.
Le film reprend l’architecture narrative de la série, mais peine à en saisir les enjeux. Hal Jordan est affublé de la psychologie d’une moule attardée, malgré une tentative complètement foire de lui donner de l’épaisseur psychologique : le flash back de la mort de son père, également pilote, qui n’arrive pas à s’insérer dans la structure du récit, et n’apporte rien à l’intrigue. Plus drôle, les passages avec les Green Lantern Corps sont l’occasion d’une bonne tranche de rigolade au vue des performances esthétiques. C’est super cheap, mais assez fun. Malheureusement ces épisodes sont très courts, et l’on revient sur terre, où l’intrigue patine. Le propos du film est construit autour de la dichotomie entre la puissance de la volonté, représentée par le « vert » des Green Lantern, et la peur, incarné par Parallax et sa couleur jaune. Le récit se déploie à travers le triomphe de la volonté sur la peur. Dit comme ça, on a l’impression de voir un film à mi-chemin entre Nietzsche et Riefenstahl, mais cela n’a ni l’intelligence de Friedrich, ni la puissance esthétique de Leni. Une bonne grosse bouse comme on les aime.
La Thor tue

Autre très grosse déception, le Thor de Kenneth Branagh. Bon, Branagh c’est un peu Beaucoup de bruit pour rien. Si l’acteur est excellent, sa filmographie en tant que réalisateur ne plaide pas vraiment en sa faveur. Frankenstein ou ses nombreuses adaptations de Shakespeare n’ont pas fait de lui un Clint Eastwood british. Son adaptation de Thor, le gros badass divin de Marvel fait pleurer, car sous nos yeux ébahis un mythe s’effondre sous nos yeux. Malgré un cast assez prestigieux (outre Chris Hemsworth qui incarne le dieu nordique, on compte également Natalie Portman et Anthony Hopkins), le film se vautre complètement. Si les scènes qui se déroulent à Asgard sont, comme pour Green Lantern, plutôt fun bien que kitch dans leur réalisation, lorsque Thor redescend sur terre, cela devient complètement surréaliste. Kate Dennings (que l’on a vu dans Une nuit à New York en compagnie de Michael Cera) joue la side-kick comique de Natalie Portman (qui donne l’impression de se faire grave chier). Mais toutes les vannes de Dennings tombent à plat, et marquent un irrespect total de la mythologie marvelienne. Thor devient un sosie de Jean Réno dans Les visiteurs et nous inflige une bonne heure de cabotinage. Rien ne vient sauver le film, pas même une pseudo réflexion sur le lignage, la paternité. Malgré une intrigue très shakespearienne à base de complot dynastique et de quelque chose de pourri au royaume d’Asgard, Branagh n’arrive pas à saisir la personnalité du dieu vivant qu’est Thor. Le film n’aura finalement servi qu’à introduire Thor pour Avengers et Œil de Faucon, que l’on aperçoit brièvement.
America, America

Comme tout le monde le sait, l’Amérique c’est de la balle. On y mange des gros burgers, on conduit des gros 4×4 et on possède tous des gros guns. Mais ce qui rassemble tous les gros ricains, c’est leur armée qu’elle est belle et forte. S’attaquer à l’adaptation de Captain America, c’est prendre à bras le corps tout un mythe de l’Amérique. Comparé aux deux films précédents, le Captain America: First Avenger est une réussite. De manière objective, Captain America s’avère être un très bon film, qui joue avec beaucoup d’ironie, sur la figure du Captain.
Captain America, le comics, est né en 1940, en pleine guerre contre le nazisme. Simon et Kirby en ont fait le bras armé de l’Amérique contre le fascisme. On peut ainsi voir le Captain donner une torgnole à Hitler, symbole d’une Amérique héraut de la liberté. Le déclin de l’Amérique sur le plan de la politique extérieure correspond également à une redéfinition du rôle de Captain America dans les comics. Le récent Civil War a vu le Captain s’ériger en rempart de la liberté face à l’Etat Américain. Et mourir.
Le film de Joe Johnston (à qui l’on doit les très mauvais Jurassic Park III et Wolfman) reprend la mythologie dans son contexte original. On se retrouve donc aux Etats-Unis en plein durant la Seconde Guerre mondiale. Steve Rogers, gringalet rêvant de participer à l’effort de guerre, se retrouve impliqué dans l’élaboration d’un super soldat par l’armée américaine assisté d’un scientifique allemand passé du côté allié. De gringalet, il se retrouve Mister muscle, avec pour objectif de servir de propagande pour vendre des bonds du trésor, au lieu d’aller se battre du côté de ses camarades. Ironie et réflexion intéressante sur la figure du Captain version comics, ayant également servi de propagande en son temps, cet aspect tempère le propos parfois un peu trop patriotique du film. Ainsi, l’envie de Steve Rogers de devenir soldat mêle patriotisme et pacifisme. Patriotisme parce qu’on parle de Captain America, et pacifisme parce qu’il faut bien que cela soit compréhensible pour le spectateur du XXe siècle à l’export.
L’intrigue se concentre autour de l’opposition à l’Hydra, organisation secrète qui permet de faire passer le nazisme au second plan. L’Hydra est dirigé par le fanatique Crâne Rouge (censé représenter dans les comics l’accointance du nazisme et du communisme pour les ricains de l’époque), interprété par Hugo Weaving, qui a la gueule de l’emploi. Grand occultiste, Crâne Rouge est à la recherche d’une source d’énergie en provenance direct d’Asgard, le Cube Cosmique, qui dans Thor est censé être dans une salle du palais. Mais là elle est sur terre. Alors on sait pas trop ce qu’elle fout là, mais c’est pas grave ça fait un peu de crossover entre les deux films. Une intrigue qui rappelle un peu Indiana Jones et l’arche d’alliance, que j’ai revu hier. Joe Johnston y fait d’ailleurs directement référence lorsqu’il fait dire à Crâne Rouge, dans un très belle séquence hommage à Spielberg, que chercher le Cube Cosmique est tout de même plus important que les délires occultes d’Hitler en Egypte.
On peut reprocher au film de partir un peu dans tous les sens, en voulant synthétiser Indiana Jones et James Bond en 124 minutes. Mais le film reste de très bonne facture, l’ambiance Seconde Guerre mondiale (malgré les gadgets de Crâne Rouge) est bien retransmise. Le seul gros bémol c’est que le film se pense comme un préquelle aux Avengers de Whedon, et ce du début (dans une scène d’ouverture qui fait penser à un mix entre The Thing et le premier Alien vs. Predators) à la fin avec la présence de Nick Fury (Samuel L. Jackson), qui fait de Captain America une simple mise en bouche.
En guise de conclusion, j’aimerais évoquer une dimension presqu’oubliée des comics américains. J’écoutais dernièrement une émission de France Culture (oui, ça m’arrive et j’en suis peu fier) sur l’aspect messianique des comics américains, directement lié à la religion de la plupart des scénaristes de comics dans les années 40. Si l’on peut effectivement considérer que Captain America représente l’impérialisme conquérant des USA, que Thor et Superman représentent dans une certaine mesure l’idéal-type du surhomme et Green Lantern une sorte de justicier universel, il ne faut pas oublier que tous ces super héros sont nés de l’imagination d’enfants pauvres issus de l’immigration juive de l’Europe de l’Est. Ce qui confère un tout autre aspect à ces mythologies modernes, que l’on pourrait un peu vite taxer de nationalistes. (223)