Ce que Ridley nous Prométhée

Pour beaucoup d’entre nous, le nom de Ridley Scott est associé à une jouissance juvénile face au tube cathodique du temps de la VHS, quand l’écran HD et le Blu-ray n’existaient pas. Nous n’étions pas nés lorsqu’en 1979 sortait Alien, en 1982 quand Blade Runner débarquait sur les écrans, ou à peine en 1985 lorsque Tom Cruise endossait ses collants verts dans l’héroic-fantastique Legend. Pourtant tous ces films font parti d’un imaginaire collectif forgé par Sir Scott qui gagnait là ses jalons de cinéaste « culte », au même titre que Spielberg ou Lucas, en version adulte. Nous étions au cinéma lors du revirement de Scott, qui commença à produire des films non associés à la science-fiction, lorsque Sigourney Weaver fut remplacé par Demi Moore dans un G.I. Jane où les hommes figuraient désormais les Aliens, où encore lors du succès mondial de Gladiator et de La chute du faucon noir. On commençait à perdre espoir, au vue de la qualité des films les plus récents de Ridley, Une grande année, American Gangster ou Robin des Bois. Alors quand on a su que Ridley nous préparait une préquelle d’Alien on avait le choix entre le doute et l’attente extasiée. Mais comme on est finalement des gamins, on a attendu.

Et il est temps aujourd’hui de répondre à la question : est-ce que ça en valait la peine ?

Il faut dire qu’on a laissé la saga Alien dans un sale état. Après deux excellents films (de Ridley Scott puis de James Cameron) qui ont posé les jalons de l’horreur métaphysique dans le cinéma SF, Fincher livrait un Alien 3 moins intense mais toujours intéressant. Avant d’être plombé par Jean-Pierre Jeunet et son esthétique à la limite du supportable. On passera sur le crossover Alien vs. Predator, bien que le premier épisode de ce dyptique commercial se rapproche du scénario de Prometheus, et pour cause, c’est la trame qui au départ devait servir à la réalisation de la première version du préquelle d’Alien par Ridley Scott, avant d’être abandonné. Le deuxième volet d’Alien vs. Predator est quant à lui une honte intergalactique, traînant dans la boue les deux monstres de Scott et McTiernan.

Autant vous dire que Prometheus était attendu au tournant. Pourtant Scott ne livre pas une réelle préquelle, donner l’explication clé en main de la présence du Space Jockey sur la planète LV-426 ne l’intéresse pas. Pour Scott il s’agit de livrer une œuvre-somme, une cosmologie traitant des questions éternelles que l’homme se pose : qu’est-ce que la création, d’où venons-nous, où allons-nous, à quelle heure on mange ?

Paradoxalement, la réponse ontologique de Scott est formulée par l’échange crépusculaire de Peter Weyland et de l’androïde Michael Fassbender à la fin du film : « il n’y a rien » /« Je sais ». La grande question de l’humanité est de manière amusante détourné par une création synthétique de l’homme: androïde privé d’émotions, Fassbender sait bien qu’il n’y a pas de sens à chercher dans la création. Assez intelligemment, l’utilisation du robot est porté encore plus loin que dans les précédents opus. Si l’androïde est ainsi capable de commettre les pires atrocités pour la science, ou de se montrer quasi-humain, jusqu’à développer un complexe d’Oedipe (là encore mythe fondateur, à l’instar de celui de Prométhée). Loin d’être un brûlot nihiliste, le film de Scott s’attaque à la problématique de la foi et de la raison, sous les traits d’une Noomi Rapace peu à l’aise dans son rôle de scientifique croyante. Film-somme, il l’est aussi par sa propension à intégrer tous les éléments de la saga Alien, comme la fameuse scène de basket dans le troisième opus, où un auto-avortement dans une séquence magnifique qui rappelle en creux la naissance du premier Alien.

Pourtant ce n’est pas le film qu’on nous promettait. Trop de longueurs et une interprétation assez moyenne d’une bonne partie des acteurs viennent assombrir le tableau. De même que le suspens, qui était habillement distillé dans les premiers Alien, ne fonctionne pas ici. Il reste que ce film offre un spectacle d’une beauté assez rare au cinéma, et pose des questions auxquels Scott fait bien de ne pas répondre. Pour ne pas, comme Weyland et Prométhée, sombrer dans l’hybris.

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We can be heroes

Petite séquence rétrospective des super héros de l’année 2011. Nous ne sommes pas en décembre, certes. Les films dont je vais parler sont sortis il y a déjà quelques temps, certes. Mais de toute façon c’est moi qui écris.

En fait c’est parce que je viens de me taper trois films de super héros pour parfaire ma connaissance des comics au cinéma, et surtout afin de me préparer aux Avengers de Joss Whedon, mai 2012 sur vos écrans (4 mai aux US, pour nous on sait pas trop).

En tout cas, l’année 2011 a été prolixe en super héros en collant moule-bite. Par contre, la qualité n’était pas vraiment au rendez-vous. Nous avons déjà parlé de X-Men Origins: First Class, et malgré toutes les limites du film de Matthew Vaughn, il supplante les films en 3D qu’on nous a infligé.

Hal Jordan à la lanterne

Gros gros gros foirage, ce Green Lantern version ultra-kitch. Les effets spéciaux sont improbables, les acteurs sont médiocres. Ryan Renolds, qui nous avait déjà infligé une personnification de Deadpool dans le également très mauvais X-Men Origins: Wolverine. D’ailleurs petite controverse dans la communauté geek, comment un acteur qui a joué dans une production Marvel, et qui va revêtir de nouveau le costume de Deadpool (malheureusement pour le personnage de Marvel que je chérie particulièrement) peut-il se compromettre dans une production DC? On rappellera aux mauvais élèves qui lisent ce blog que DC publie les aventures de la Justice League (Superman, Batman, Green Lantern, Flash, Wonder Woman, etc.), tandis que Marvel est lui l’éditeur des Avengers (Iron Man, Thor, Hulk, Captain America, etc.). La rencontre de ces deux univers produit des crossovers particulièrement savoureux.

Bref, en gros Green Lantern c’est Hal (qui n’a aucun rapport avec IBM) Jordan, un pilote d’avion qui tombe sur un extra-terrestre mourant qui lui file une bague et une lanterne. Bon, ça à l’air bizarre dit comme ça, mais c’est un super héros extrêmement populaire qui a fait fantasmé de nombreuses générations. Car grâce à cette bague (qu’il lui faut recharger), il peut créer tout ce qui lui passe par la tête, de l’arme la plus perfectionnée à l’objet le plus improbable. Green Lantern fait également partie des Green Lantern Corps, les gardiens de l’ordre de l’univers qui possèdent tous la même bague.

Le film reprend l’architecture narrative de la série, mais peine à en saisir les enjeux. Hal Jordan est affublé de la psychologie d’une moule attardée, malgré une tentative complètement foire de lui donner de l’épaisseur psychologique : le flash back de la mort de son père, également pilote, qui n’arrive pas à s’insérer dans la structure du récit, et n’apporte rien à l’intrigue. Plus drôle, les passages avec les Green Lantern Corps sont l’occasion d’une bonne tranche de rigolade au vue des performances esthétiques. C’est super cheap, mais assez fun. Malheureusement ces épisodes sont très courts, et l’on revient sur terre, où l’intrigue patine. Le propos du film est construit autour de la dichotomie entre la puissance de la volonté, représentée par le « vert » des Green Lantern, et la peur, incarné par Parallax et sa couleur jaune. Le récit se déploie à travers le triomphe de la volonté sur la peur. Dit comme ça, on a l’impression de voir un film à mi-chemin entre Nietzsche et Riefenstahl, mais cela n’a ni l’intelligence de Friedrich, ni la puissance esthétique de Leni. Une bonne grosse bouse comme on les aime.

La Thor tue

Autre très grosse déception, le Thor de Kenneth Branagh. Bon, Branagh c’est un peu Beaucoup de bruit pour rien. Si l’acteur est excellent, sa filmographie en tant que réalisateur ne plaide pas vraiment en sa faveur. Frankenstein ou ses nombreuses adaptations de Shakespeare n’ont pas fait de lui un Clint Eastwood british. Son adaptation de Thor, le gros badass divin de Marvel fait pleurer, car sous nos yeux ébahis un mythe s’effondre sous nos yeux. Malgré un cast assez prestigieux (outre Chris Hemsworth qui incarne le dieu nordique, on compte également Natalie Portman et Anthony Hopkins), le film se vautre complètement. Si les scènes qui se déroulent à Asgard sont, comme pour Green Lantern, plutôt fun bien que kitch dans leur réalisation, lorsque Thor redescend sur terre, cela devient complètement surréaliste. Kate Dennings (que l’on a vu dans Une nuit à New York en compagnie de Michael Cera) joue la side-kick comique de Natalie Portman (qui donne l’impression de se faire grave chier). Mais toutes les vannes de Dennings tombent à plat, et marquent un irrespect total de la mythologie marvelienne. Thor devient un sosie de Jean Réno dans Les visiteurs et nous inflige une bonne heure de cabotinage. Rien ne vient sauver le film, pas même une pseudo réflexion sur le lignage, la paternité. Malgré une intrigue très shakespearienne à base de complot dynastique et de quelque chose de pourri au royaume d’Asgard, Branagh n’arrive pas à saisir la personnalité du dieu vivant qu’est Thor. Le film n’aura finalement servi qu’à introduire Thor pour Avengers et Œil de Faucon, que l’on aperçoit brièvement.

America, America

Comme tout le monde le sait, l’Amérique c’est de la balle. On y mange des gros burgers, on conduit des gros 4×4 et on possède tous des gros guns. Mais ce qui rassemble tous les gros ricains, c’est leur armée qu’elle est belle et forte. S’attaquer à l’adaptation de Captain America, c’est prendre à bras le corps tout un mythe de l’Amérique. Comparé aux deux films précédents, le Captain America: First Avenger est une réussite. De manière objective, Captain America s’avère être un très bon film, qui joue avec beaucoup d’ironie, sur la figure du Captain.

Captain America, le comics, est né en 1940, en pleine guerre contre le nazisme. Simon et Kirby en ont fait le bras armé de l’Amérique contre le fascisme. On peut ainsi voir le Captain donner une torgnole à Hitler, symbole d’une Amérique héraut de la liberté. Le déclin de l’Amérique sur le plan de la politique extérieure correspond également à une redéfinition du rôle de Captain America dans les comics. Le récent Civil War a vu le Captain s’ériger en rempart de la liberté face à l’Etat Américain. Et mourir.

Le film de Joe Johnston (à qui l’on doit les très mauvais Jurassic Park III et Wolfman) reprend la mythologie dans son contexte original. On se retrouve donc aux Etats-Unis en plein durant la Seconde Guerre mondiale. Steve Rogers, gringalet rêvant de participer à l’effort de guerre, se retrouve impliqué dans l’élaboration d’un super soldat par l’armée américaine assisté d’un scientifique allemand passé du côté allié. De gringalet, il se retrouve Mister muscle, avec pour objectif de servir de propagande pour vendre des bonds du trésor, au lieu d’aller se battre du côté de ses camarades. Ironie et réflexion intéressante sur la figure du Captain version comics, ayant également servi de propagande en son temps, cet aspect tempère le propos parfois un peu trop patriotique du film. Ainsi, l’envie de Steve Rogers de devenir soldat mêle patriotisme et pacifisme. Patriotisme parce qu’on parle de Captain America, et pacifisme parce qu’il faut bien que cela soit compréhensible pour le spectateur du XXe siècle à l’export.

L’intrigue se concentre autour de l’opposition à l’Hydra, organisation secrète qui permet de faire passer le nazisme au second plan. L’Hydra est dirigé par le fanatique Crâne Rouge (censé représenter dans les comics l’accointance du nazisme et du communisme pour les ricains de l’époque), interprété par Hugo Weaving, qui a la gueule de l’emploi. Grand occultiste, Crâne Rouge est à la recherche d’une source d’énergie en provenance direct d’Asgard, le Cube Cosmique, qui dans Thor est censé être dans une salle du palais. Mais là elle est sur terre. Alors on sait pas trop ce qu’elle fout là, mais c’est pas grave ça fait un peu de crossover entre les deux films. Une intrigue qui rappelle un peu Indiana Jones et l’arche d’alliance, que j’ai revu hier. Joe Johnston y fait d’ailleurs directement référence lorsqu’il fait dire à Crâne Rouge, dans un très belle séquence hommage à Spielberg, que chercher le Cube Cosmique est tout de même plus important que les délires occultes d’Hitler en Egypte.

On peut reprocher au film de partir un peu dans tous les sens, en voulant synthétiser Indiana Jones et James Bond en 124 minutes. Mais le film reste de très bonne facture, l’ambiance Seconde Guerre mondiale (malgré les gadgets de Crâne Rouge) est bien retransmise. Le seul gros bémol c’est que le film se pense comme un préquelle aux Avengers de Whedon, et ce du début (dans une scène d’ouverture qui fait penser à un mix entre The Thing et le premier Alien vs. Predators) à la fin avec la présence de Nick Fury (Samuel L. Jackson), qui fait de Captain America une simple mise en bouche.

En guise de conclusion, j’aimerais évoquer une dimension presqu’oubliée des comics américains. J’écoutais dernièrement une émission de France Culture (oui, ça m’arrive et j’en suis peu fier) sur l’aspect messianique des comics américains, directement lié à la religion de la plupart des scénaristes de comics dans les années 40. Si l’on peut effectivement considérer que Captain America représente l’impérialisme conquérant des USA, que Thor et Superman représentent dans une certaine mesure l’idéal-type du surhomme et Green Lantern une sorte de justicier universel, il ne faut pas oublier que tous ces super héros sont nés de l’imagination d’enfants pauvres issus de l’immigration juive de l’Europe de l’Est. Ce qui confère un tout autre aspect à ces mythologies modernes, que l’on pourrait un peu vite taxer de nationalistes. (223)

Le singe d’une nuit d’été

Il y a quelque temps, sortait sur nos écrans La planète des singes : les origines. Pensé tout d’abord comme un reboot de la franchise débutée en 1968 et achevé dans le sang par un Tim Burton peu inspiré (mais après tout, après avoir vu Alice au pays des merveilles, on peut en déduire que le réalisateur persiste dans la médiocrité), ce nouveau volet s’inscrit plutôt dans une logique préquelle, tout en rendant hommage au film de 68. Et pas à celui de Burton.

Commençons donc par la série débutée en 68. Adapté d’un roman de Pierre Boulle, à qui l’on doit Le pont de la rivière Kwai, également adapté sur grand écran, le projet La planète des singes n’abouti qu’avec la présence au générique de Charlon Heston, et surtout avec une réduction drastique du budget. Dystopie typique, le roman de Pierre Boulle mettait en scène des astronautes qui en 2500 tombent sur une planète semblable à la terre dirigée par des singes, et où les hommes sont réduits en esclavage. Dans le roman, la civilisation simiesque est très avancée, même s’ils ne maîtrisent pas aussi bien que les humains la technologie spatiale. Dans le film réalisé par Franklin J. Schaffner, la civilisation simiesque en est quasiment à son Moyen-âge, et ceci pour des raisons budgétaires. Le romancier n’apprécie pas et le fait savoir. Pierre a les boulles.

Ce n’est pas la seule différence avec le livre. Dans le roman, les singes parlent un langage spécifique, que le héros doit s’efforcer d’apprendre, tandis que le film fait parler les singes en anglais, gain de temps pour le passage au cinéma. Si dans le roman, Ulysse Mérou, l’astronaute, est clairement sur une autre planète, on comprend à la fin du film que l’action se déroule sur la terre. L’explication donnée à la domination des singes est également différente : tandis que pour Pierre Boulle, l’évolution explique l’inversion des rapports, c’est une guerre nucléaire qui est dans le film l’option envisagée. Car contrairement au livre, le film se place très clairement sur un terrain politique, le scénariste, non-crédité, étant une victime du maccarthysme. Nous sommes en 68, année de toutes les luttes, mais également époque de l’équilibre de la terreur entre puissances ricaines et soviétiques. La menace de la catastrophe atomique irriguera les cinq épisodes réalisés entre 68 et 73, dont la scène finale du premier opus constitue le paroxysme : la statue de la liberté, ensevelie sous le sable (image culte qui servira à Le jour d’après).

Le film de Tim Burton, reboot catastrophique, est une insulte à l’œuvre originale, tant romanesque que cinématographique. On trouve toujours à Tim Burton des excuses, dans ce cas c’est la méchante compagnie qui aurait castré l’imagination de Burton. Mais face à ce désastre, on ne peut entièrement dédouaner l’ami gothique. Paradoxalement, le film est plus proche du roman, le capitaine Davidson (Mark Wahlberg) atterrissant sur une planète qui n’est pas la terre, pour ensuite découvrir que sur terre également les singes ont pris le pouvoir. Le scénario est complètement incohérent, s’embrouillant dans des histoires d’espace temps débiles. Les humains, réduits en esclavages sont, dans le film de Burton, doués de paroles, contrairement au livre et au film de 68… Comment se fait-il alors qu’ils soient réduits en esclavage ? Débile du début à la fin, le film abandonne toute portée subversive (récurrent chez Burton, voir Charlie et la chocolaterie ou Alice).

La préquelle (oui, préquelle est féminin) sortie ces derniers temps rompt cependant avec le film de Burton. En choisissant de traiter la genèse de la planète des singes (qui avait cependant déjà été traité à partir du troisième opus de la série), le film permet d’inverser les rôles, et ce faisant, rend hommage à l’œuvre originale. Car c’est au film de 68 qu’il faut le comparer, La planète des singes : l’origine reprenant les grands thèmes développés par Schaffner. Le film de 68 abordait la condition animale en suscitant chez le spectateur une empathie bien naturelle à l’égard des hommes, traités comme des animaux. Dans le film de 2011, c’est aux singes que l’on est conduit à s’identifier. Le singe César (qui fait son apparition dans La conquête de la planète des singes, en tant que leader de la révolution simiesque) a développé des capacités cognitives surprenantes suite à une expérience menée par un jeune scientifique (James Franco) contre l’Alzheimer. Mis en cage à la suite d’une altercation avec un humain, César se retrouve prisonnier d’un refuge pour primates, où Draco Malfoy, pardon Tom Felton, exerce une autorité despotique. Maltraité par les hommes et rejeté par les primates, César devra apprendre à gagner le respect des siens pour mener à bien la Révolution, et briser ses chaînes. Le film est une illustration assez fidèle du marxisme, dans sa description du combat que livre César et les siens pour leur liberté. Le produit créé par James Franco devient une allégorie de la conscience de classe, qui permet aux singes d’ouvrir les yeux. Le film fait des clins d’œil appuyé au film de 68, César étant appelé « bright eyes » par les scientifiques (le produit transformant la couleur des yeux des singes), ce qui fut le surnom de Charlton Heston dans le premier film. On a également une référence à l’expédition spatiale vers Mars d’Heston. Le mérite du film est de rendre hommage à ses prédécesseurs sans pour autant tomber dans le mimétisme constant. Changement d’époque, ce n’est plus la guerre nucléaire qui est évoquée ici, mais la manipulation du vivant et le danger bactériologique. En outre de proposer une lecture subversive de la condition animale, le film tente aussi d’esquisser, sans malheureusement la traiter de manière adéquate, une réflexion sur l’éthique en génétique.

Et le film n’est pas en 3D.

Ce qui est franchement un plus.

En bonus, nous conseillons également La playmate des singes, version érotique du livre de Boulle. Ce qui en fait un film de Boulle. Ce nom est une source inépuisable de blagues.

 

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Le retour du commencement des mutants Marvel (ou préquel de la trilogie ayant déjà réalisée un spin-off)

La Marvel-Exploitation a produit le pire comme le meilleur. Ces temps-ci c’est surtout le pire qu’il nous a été donné de voir sur nos écrans. Un Iron-Man 2 auto-parodique, un Thor sans saveur, un X-Men III peu enthousiasment et, comble du ridicule, un Wolverine passant à côté de la mythologie distillée par le comics original. C’est donc désabusés que nous attendions ce X-Men First Class (X-Men le commencement en v.f.). Surtout que le titre fait référence à la mini-série créée en 2006 par Jeff Parker et Roger Cruz, mais s’en écarte complètement. Car si le comics reprenait les personnages originaux du début de la série (Cyclope, Marvel Girl, Angel, le Fauve et Iceberg), seul le Fauve se retrouve à l’affiche de la première classe mutante. Mais ce n’est pas vraiment la faute de Matthew Vaughn…

Matthew Vaughn, réalisateur plutôt fidèle de Kick-Ass, reprend le bébé que Bryan Singer lui a laissé. Et pour être en accord avec la saga, il ne fallait pas prendre les mêmes personnages que la version des années 2000. Un peu de logique, bon sang ! Tout ça pour dire que si on se retrouve avec un crew complètement fantaisiste (on mêle le Fauve à Darwin, Havok, Mystique, Angel [la fille-mouche, pas le play-boy milliardaire] et le Hurleur), c’est la faute à Singer qui avait déjà fait un gloubi-boulga dans son premier X-Men. Evidemment, il fallait appâter le chaland avec des personnages sexy que tout le monde connait (Tornade, Wolverine, Colossus, Diablo, etc.), plutôt que de suivre la progression des arrivées mutantes. On se retrouve donc avec le reste. Ce qui n’a pas été utilisé auparavant, et c’est vrai que c’est tout de suite moins impressionnant. Si l’on se réjouit de l’arrivée du Fauve et du Hurleur (qui est un gamin pré-pubère de 14 ans, alors qu’il est censé être l’un des plus vieux arrivant de la seconde génération, en même temps que Tornade, Wolverine, Colossus, Sunfire et Proudstar), la pertinence du reste du crew est relative. Qu’est-ce que fout Angel ici, alors qu’elle a été introduite au moment de la crise Cassandra Nova ? Que dire de Darwin et surtout d’Havok, frère cadet de Cyclope ?

Passons donc à l’équipe mutante du film (on rêve d’ailleurs d’un X-Men centré sur celui des années 90 – celui de mon enfance donc – avec la bande de bâtards : le Fauve, Gambit, Tornade, Malicia, Cyclope, Diablo, Colossus, Wolverine, Psylocke, Jean Grey), pour nous concentrer sur le fim à proprement parler. Et il faut l’avouer : c’est pas si mal. Faire évoluer l’action dans les années 70 permet d’aborder des sujets passionnants : la traque des nazis en Amérique Latine (où Magnéto fait preuve de plus de dextérité que OSS 117), la crise des missiles de Cuba, les relations USA/URSS… L’utilisation du Club des Damnés est aussi heureuse, car on a le plaisir de retrouvé Sebastian Shaw (en ex-nazi, mouais) et surtout Emma Frost. Par contre l’utilisation d’Azazel et de Riptide, qui n’ont jamais appartenus au fameux Club (mais bon le fait qu’Azazel et Mystique se retrouvent ensembles dans le camp de Magnéto est plutôt bien trouvé, puisqu’ils sont tous deux les parents de Diablo) est plus gênante. L’apparition de Moira MacTaggert est également bien exploitée. Sur le cast, on peut dire qu’il est impec’ pour les premiers rôles. Fassbinder en Magnéto, c’est un grande idée, James MacCoy joue parfaitement son Xavier beau gosse et Kevin Bacon est taillé pour le rôle de l’ancien nazi comploteur. On peut également applaudir l’utilisation des langues étrangères. Contrairement à la doctrine américaine du « tout en anglais », Vaughn n’hésite pas à tourner en v.o. quand le contexte s’y prête. Les nazis parlent en allemand (contrairement aux  nazis anglophones de La liste de Schindler), les cocos parlent russes, les banquiers suisses parlent français. Prend ça dans ta gueule, l’hégémonie de la langue anglaise !

Qui veut la peau d’mon crew?

Quant au scénario, c’est l’occasion d’évoquer la naissance de la rivalité entre un Xavier qui a encore des cheveux et un Magnéto torturé. Xavier est décrit comme un génie imbu de lui-même, né avec un cuillère en argent dans la bouche, tandis que Magnéto a dû vivre dans l’horreur des camps de concentration. La psychologie de Magnéto est au final assez bien traité, à part sur la fin. « Je suis d’accord avec toi, mais je vais quand même te buter parce que t’as tué ma mère », c’est un peu léger. La position idéologique qu’il adopte (un nazisme mutant) n’est pas fidèle à celle que l’on attendait (la peur de voir les mutants être emmenés dans des camps de concentration). Un autre aspect psychologique du film est à mettre en avant, celle de l’acceptation de sa différence (malgré le slogan pourri « Mutant et fier de l’être »), à travers la ligne de démarcation qui sépare les mutants eux-mêmes (les mutations voyantes/invisibles), même si là encore on reprend le même schème manichéen : ceux qui revendiquent leur différence finiront dans les bras de Magnéto. On ne saurait faire trop de reproches à ce X-Men, du fait qu’il surpasse largement le reste de la production Marvel que nous avons pu voir ces derniers-temps. Encore une fois, l’utilisation de l’Histoire, et en particulier la crise des missiles de Cuba, nous plonge dans une ambiance digne des premiers James Bond. Une des premières scènes, au sein du Club des Damnés, est tout à fait réussite. Pour le reste du cast, à quelques exceptions près, il se tient très correctement. Emma Frost ne satisfait pas les exigences esthétiques du comics, et Mystique est encore une fois dotée de marques chelous sur la peau (mais POURQUOI ?).  On regrettera cependant le fait que la mutation en diamant d’Emma Frost soit si laide.

Bref on attend donc avec une impatience non feinte la sortie d’Avengers. Par contre les premières images de Green Lantern prédisent un film tout pourri, alors que celles de Captain America sont plutôt stimulantes.

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X Men Origins : Wolverine

Bon ok, c’est pas très BDA comme film. Pire, rien ne le sauve, pas d’histoire pyschologisante compliquée avec le père à la Hulk (par Ang Lee), ni de réflexion sur le devoir et la responsabilité à la Spider Man (Sam Raimi), et encore moins du second degré à la Iron Man… A la rigueur, on peut s’épancher sur le passé shakespearien de celui qui personnifie le super héros Wolverine (Serval pour la version française), j’ai nommé Hugh Jackman. Mais bon, comme à IVV on n’a jamais caché notre passion pour la bière pas chère, les matchs de foot en mode beauf, les parties de PES, les films de boule de série B, on ne cachera pas non plus notre passion pour les comics.
Oui, tout jeune j’ai été initié aux comics, à travers les vieux numéros de Strange, et puis X-Men, Spider Man, Green Lantern, Iron Man, etc. Je n’ai jamais caché d’ailleurs ma préférence pour Wolverine, L’Arme X étant sans nulle doute la meilleure invention de Marvel. Bon d’accord, ça fait très Big Bang Theory (quoi ! vous connaissez pas ? bandes de loosers BDAistes, regardez en bas je vous ai mis un extrait !), et de toute façon on s’en fout. Mais cela montre bien l’attente que les fans peuvent porter quand leurs héros prend chair… et qu’ils soient souvent déçus, le réalité ne correspondant pas toujours à l’image que l’on s’était forgé de nos super-héros. Pour les néophytes, un petit rappel est nécessaire : X-Men Origins est un préquel à la trilogie X-Men déjà sortie, c’est-à-dire qu’il raconte ce qui s’est passé avant, en l’occurrence comment ledit Wolverine a gagné ses griffes en lames de rasoir. X-Men Origins : Wolverine a réussi le coup de force de prendre les héros les plus perturbés de l’histoire des comics (Wolverine, Sabretooth et Deadpool), et d’en faire un film d’action sans saveur… Quel dommage tout de même que les pistes tracées par le scénario (l’histoire de Wolvie enfant, sa relation fraternelle avec Sabretooth) soient noyées dans le spectaculaire holywoodien. On regrette donc ici la faiblesse du scénario, mais aussi la mauvaise utilisation des personnages. Faire de Deadpool un autiste doté de supers pouvoirs (dont celui de Cyclope… gna?) est ridicule, tout comme l’introduction du cajun Gambit, qui ne sert strictement à rien, à part se la péter avec son bâton. Hugh Jackman reste sérieux dans son rôle, bien trop sérieux pour incarner la torture psychologique inhérente à son personnage velu. Finalement c’est Sabretooth qui s’en tire le mieux du côté bestial… Pas non plus de réflexion sur le temps qui passe (et qu’on ne rattrape plus), ou plus sérieusement sur le fait que Wolverine et son frangin ne vieillissent quasiment pas. Rien non plus sur les différentes guerres auxquelles ils ont participé (Première et Seconde Guerre mondiale, guerre du Vietnam), alors que justement The Watchmen en avait fait son fond de commerce… Bref du grand public qui ne s’adresse pas même aux fans de la première heure, ni aux amateurs de films dotés d’un minimum de scénario… Un peu comme le nouveau Star Trek, mais comme je ne suis pas du tout un fan de la série, je ne saurais vous le commenter. A moins que je ne dégotte un fan dans la rédaction, ce qui doit se trouver entre les footeux, geeks et autres nerds dont IVV est rempli…

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