The Watch. Your friendly neighbor.

Ces chroniques ressemblent de plus en plus à une désillusion constante face à la dégradation constante du cinéma « à la Apatow ». Dernier en date Neighborhood Watch, renommé The Watch déçoit à plus d’un titre. On plaçait de grands espoirs dans cette comédie co-écrite par Seth Rogen, avec une belle bande d’acteurs (Ben Stiller, Jonah Hill, Vince Vaughn). Mais The Watch souffre la comparaison avec d’illustres prédécesseurs qui s’étaient déjà emparés, et d’une manière bien plus intéressante de ces mêmes thèmes. On ne peut s’empêcher de penser que The Watch symbolise la limite du cinéma Rogen/Apatow, qui se contente de répéter ses hauts faits, sans jamais innover. On avait déjà ressenti cette impression en regardant The Sitter ou Crazy Stupid Love. Ici, le recyclage auto-référencé atteint son paroxysme.

Dans une banlieue résidentielle américaine, un meurtre particulièrement sanglant incite le citoyen engagé Ben Stiller à formé une milice de voisins composée d’une belle brochettes de névrotiques, dont Jonah Hill, certainement le meilleur acteur du naufrage, recalé des forces de l’ordre pour raisons psychologiques. Bref, une bromance sur fond d’invasion extra-terrestre. Aliens+banlieue ça vous rappelle quelque chose ? Le film lorgne, voire spolie, du côté d’Attack the Block, la comédie marijuano-wesh-sciencefictionnesque anglaise qui, avec un postulat de départ assez comparable, et des moyens beaucoup moins important (il suffit de regarder la gueule des aliens) réussissait à rendre le film à la fois passionnant du point de vue de la narration, et socialement dérangeant. On a l’impression que Seth Rogen et ses potes ont repris le principe d’Attack the Block en le dénaturant en rajoutant du « made in Apatow ». Ben Stiller ressemble étrangement au personnage principal de 40 ans toujours puceau (sauf qu’il n’est plus puceau), il bosse dans une grande surface d’électronique, et troque l’obsession geek de Steve Carell pour une propension à créer des associations de quartiers censées combler un vide existentiel. On peut également citer, dans la concurrence entre la milice de quartier mise en place par Ben Stiller et la police, Observe and Report, avec Seth Rogen, centré sur la vie d’un agent de sécurité dans un mall se prenant pour un vrai flic. Jonah Hill remplace Rogen dans le rôle du milicien complexé, qui sans égaler la performance de son aîné, s’en tire plutôt mieux. Il y a, dans le regard de Jonah Hill, un mélange de comique et d’horreur, bien exploité dans Cyrus, et qui remonte à sa première apparition dans 40 ans toujours puceau. On se rappelle de ce jeune obèse venu acheter des bottes de drag-queen, qui faisait à la fois rire et frissonner.

Bref, rien à dire finalement sur ce film, les quelques blagues de cul n’arrivant même pas à tirer vers le haut un scénario poussif. Du coup on est moins impatient de voir la nouvelle production de Seth, End of the World, tiré du court métrage Jay and Seth vs. The apocalypse (mais bon, comme il y a Jay Baruchel, je ne jugerais pas trop vite… Vous n’avez pas vu The Trotsky ? Très bon film). (150)

Seth Rogen, « Sundance m’a tuer »

Le défi du jour sera de ne pas placer une seule fois le mot « petit-bourgeois » dans cette critique de Take this Waltz, film de Sarah Polley avec Michelle Williams et Seth Rogen. Ca va être compliqué.

Ma conscience professionnelle me pousse à voir tous les films où jouent Seth Rogen et Jonah Hill. La présence de Seth Rogen a sein de cette comédie dramatique canadienne a de quoi étonner. Habitué plutôt aux rôles de paumés amateurs de marijuana, le voila en plein sundance, dans un film fabriqué pour plaire aux spectateurs new-yorkais avides de discours soporifiques sur le mal-être amoureux de la classe moyenne (et ce n’est pas qu’une remarque méchante, Sarah Polley a réellement concouru à Sundance en 2007 avec son précédent film, Away from Her).

Dès le départ, la photographie sent bon le cinéma indé, empêtré dans ses clichés les plus énervants. Des couleurs fauves pour bien accentuer la chaleur de Toronto en été et la tension sexuelle qui, bien entendu, est à son apogée lorsque le thermostat dépasse les 30°. On suit le parcours de Michelle Williams, déjà insipide dans Dawson (comme tous les acteurs issus de cette sitcom, Katie Holmes en tête), qui incarne une journaliste free-lance, mariée à Seth Rogen, auteur de « cook book » sur les différentes façons de cuisiner le poulet. Pour vous la faire courte, Michelle rencontre un beau gosse qui habite en face de chez elle, et partage avec lui des moments magiques (nager dans une piscine, faire un tour de manège), qui lui font douter de l’amour qu’elle porte pour son mari. Dilemme qu’elle met 1h45 à assumer, entrecoupé de considérations philosophiques d’une rare pertinence. Lors d’une scène de douche collective après une séance de piscine, les vieilles nageuses (symbole de l’expérience et de la sagesse bien entendu) apprennent à la jeunesse (symbole de l’impétuosité du désir, vous l’aurez deviné) que « new things get old ». Voilà tout le film résumé par cette phrase d’une sagesse légendaire, que la réalisatrice va tenter de nous faire comprendre à coup de clichés qui donnent, à l’instar de la valse du titre, la nausée (mais pas les mains sales).

Le mariage, c’est ennuyant. Même avec des couleurs vives.

Le film nous fait voir l’instabilité sentimentale d’un couple, marié depuis 5 ans. Grande originalité scénaristique, le couple s’enlise dans la monotonie au bout d’un certain temps. « Qu’est-ce que tu veux que je te raconte, dit Seth à Michelle, on se voit tous les jours, on connait tout l’un de l’autre ». Aussi philosophique qu’un Michel Onfray égrenant sa haine de la psychanalyse alors que Deleuze et Guattari ont déjà tout dit, Sara Polley dissèque le couple de la pire des façons, alors que Stanley Donen a fait bien mieux dans Voyage à deux. On apprend donc que le mariage est monotone alors que les rencontres sont excitantes, que ces rencontres inédites deviennent monotones dès lors qu’on s’installe dans une relation de couple. Du lourd, rien que du lourd.

Rencontrer de nouvelles personnes, c’est excitant, on a même du vent dans les cheveux.

Pire encore, la vision du bonheur selon Polley laisse frémir. Les « moments heureux » sont ceux du « fun » à l’américaine (ou canadienne). Se mettre des guirlandes sur son corps, s’amuser avec la bouche de son compagnon lorsqu’il est au téléphone, se balancer de l’eau froide alors qu’on prend une douche, faire un tour de manège… Une vision assez peu original, on en conviendra, du bonheur conjugal, menacé par le sérieux du travail de Rogen (cuisiner du poulet), lors de la meilleure (pire?) scène du film, où les deux protagonistes ont cette échange remarquable:

« I’m making chicken »
« You’re always making chicken »

Seth Rogen n’a d’ailleurs pas l’air d’y croire du tout. Obligé de faire du poulet pendant tout le film, sa retenue constante pourrait être interprétée comme un profond étonnement mélangé d’ennui. « Mais qu’est-ce que je fous là? » à l’air de se demander le pauvre Seth, devant une Michelle Williams toujours plus énervante. Ce qui est encore aggravé par la volonté de la réalisatrice d’appuyer ses métaphores et les épuiser jusqu’au désespoir du spectateur.

Il faudra attendre encore un peu pour revoir Seth Rogen dans un rôle apparemment plus intéressant. The Guilt Trip, avec Barbara Streisand, dont le titre laisse prévoir de grands moments de complexes oedipiens juifs.

Pour le meilleur aperçu du festival Sundance, je vous conseille de voir le 9e épisode de la deuxième saison de South Park, « Chef’s Chocolate Salty Balls », dont le résumé met déjà l’eau à la bouche:

South Park’s first film festival attracts crowds of pretentious, tofu-eating movie lovers to the quiet mountain town. The resulting strain on the sewer system causes problems for everybody’s favorite piece of talking poo, Mr. Hankey. Kyle must appeal to the movie industry to save his little friend’s life.

(190)

The Sitter

Nous en avions parlé il y a quelques temps, avec un soupçon d’attente dans la voix (enfin l’écrit), surtout après la déception que fut Your Highness. David Gordon Green, le réalisateur du superbe Pineapple Express n’est finalement pas à la hauteur de la réputation que nous lui attribuons. Il faut se rendre à l’évidence: seul un scénario écrit par Seth Rogen et avec sa présence au générique a pu rendre un film culte. The Sitter, la nouvelle comédie de DGG, avec Jonah Hill en remplaçant plus jeune et (pour la dernière fois) plus gros de Seth Rogen est plus qu’une déception. C’est un mauvais film.

Parti de l’écurie Apatow pour intégrer celle de Michael De Luca, David Flash Gordon Green Lantern nous propose un divertissement s’inspirant largement des « nouvelles » comédies américaines posant une unité de lieu et de temps censée rendre compte d’une nuit de péripéties survoltées, amenant au final la rédemption du personnage principal. On pense ici au plus réussi Date Night, mais avant tout au seul bon film de DGG, Pineapple Express. On retrouve les mêmes logiques à l’oeuvre: un gros gars un peu loser mais sympa (Jonah Hill) est poursuivi par la mafia durant toute une nuit. Sam Rockwell remplace Gary Cole (Pineapple Express) et Ray Liotta (Date Night) en tant que patron rancunier de la mafia. On avait connu Sam Rockwell dans un style de jeu moins caricatural que celui d’un mafieux gay et maniéré. La seule innovation du film réside dans son postulat de départ: Jonah accepte de garder les enfants d’une amie de sa mère pour la soirée (3 gamins aux profils psychologiques stéréotypés, un pré-ado mal dans sa peau, un ersatz de poupée barbie, et un mexicain adopté adepte des explosifs), avant de se trouver embarqué dans une succession de malentendus.

Certains moments sont parcourus par une force subversive qui se voudrait extrême, comme la relation qui unit Jonah Hill et son père, l’homosexualité d’un gamin de douze ans, la promiscuité de la drogue et d’enfants ou encore la façon de s’habiller d’une gamine de huit ans, traumatisée par un adultère parental qu’elle a vite décelé. Mais toutes ces bonnes idées se heurtent à un traitement bâclé, et beaucoup trop moralisateur. A force de vouloir rédimer tous les protagonistes du film, le réalisateur s’enfonce dans l’absurdité (au mauvais sens du terme), n’arrivant jamais à rendre intéressant le personnage joué par Jonah Hill. Et c’est bien dommage.

On attend donc la prochaine livraison de Seth Rogen, Apocalypse, adapté d’un de ses courts métrages, avec Jay Baruchel. Mais également Neighboor Watch, qu’il a coécrit, et où il joue aux côtés de Ben Stiller et Vince Vaughn un agent de sécurité volontaire qui met à jour un complot alien pour s’emparer de la terre. (150)

Freaks and Geeks

I don’t give a damn about my bad reputation…

La musique du générique de la série culte Freaks and Geeks, interprétée par Joan Jett (« Bad reputation ») pourrait résumer l’esprit de la série créé par notre vénéré maître Judd Apatow. Prélude de tous les films et les obsessions d’Apatow, cette série, outre la joie qu’elle procure lorsqu’on la visionne pour la première fois, permet de retracer la généalogie d’Apatow, comme de ses acteurs. Car un des grands mérites de cette série fut de nous avoir fait découvrir des acteurs promis à un brillant avenir: Seth Rogen, James Franco, Jason Segel (le Marshall de How I met your mother), Linda Cardellini, John Francis Daley ou encore Samm Levine ou Martin Starr. Les guest star s’appellent Jason Schwartzman, Shia Labeouf et Ben Stiller. Comme toutes les séries d’Apatow malheureusement, cette série ne dura qu’une saison, entre 1999 et 2000.

Pourtant, on peut considérer Freaks and Geeks comme une série culte, qui jusqu’aujourd’hui inspire de nombreux réalisateurs. La série se déroule au début des années 80 dans un lycée paumé d’une banlieue de Michigan. Le film s’inspire largement de la vie lycéenne d’Apatow dans les années 80, et suit le parcours de deux frères et soeur de la famille Weir(d), Linda Cardelini et John Francis Daley. La première, championne de math du lycée, va s’accoquiner avec les « freaks » du lycée, les bad boys and girls qui écoutent Led Zep en fumant des joints et séchant les cours. Comment ne pas aimer les freaks, surtout lorsqu’ils se nomment Seth Rogen, James Franco et Jason Segel. La scène d’ouverture de la série est à ce titre représentative de la série: dans le stade de football américain du lycée, une cheerleader et le capitaine de l’équipe s’avouent leur amour, mais la caméra ne s’attarde pas sur eux, et descend en bas des gradins où nos trois compères freaks discutent des mérites du batteur de Led Zep et de la weed.

A côté des freaks, nous avons bien sûr les geeks, représentés par John Francis Daley, Samm Levine et Martin Starr. Ils vouent un culte à Star Wars, kiffent les jeux de rôle, et ont des problèmes avec la gent féminine du lycée. Bref, le type de geek que l’on connait tous (ou plutôt que l’on est tous).

La force de la série est de traiter de sujets à la fois drôles et réalistes. On s’identifie sans peine aux acteurs et aux situations, bien que tout cela se déroule dans les années 80. On retrouve d’ailleurs plusieurs éléments qui apparaîtront dans les films produits par Apatow, comme Superbad: dans un épisode, Linda Cardellini doit acheter de l’alcool pour une soirée (ce qui donnera lieu à bien des péripéties, les geeks ayant l’idée saugrenue de remplacer la bière alcoolisée par un substitut, ce que personne ne remarquera), ou encore lorsque la bande des geeks se fera inviter à une soirée par les filles du lycées avec lesquelles ils aimeraient bien sortir.

Freaks and Geeks est une série générationnelle, différente de celles que l’on nous assène (Friends, How i met your mother, Big Bang Theory, pour le meilleur comme pour le pire), en ne centrant pas le scénario sur des répliques censées suscitées automatiquement le rire, mais en élaborant des situations parfois comiques, souvent touchantes. C’est finalement la méthode Apatow qui est ici élaborée: nul besoin de rires enregistrés ni de gags répétitifs, la nouvelle comédie américaine tente de construire une histoire à partir d’éléments vécus. Et c’est pas rien. On pourrait aussi parler de l’héritage de la comédie juive qui s’exprime en creux à travers Apatow et ses acteurs. Même si la série fait le choix de n’avoir qu’un personnage dont la parenté juive est revendiquée, tous les acteurs cités précédemment (à part Linda Cardellini) ont quelque chose à voir avec la religion juive (tendance qui se poursuivra dans les autres films d’Apatow, mais également dans des séries comme How i met your mother). Cet héritage comique mériterait d’être analysé plus en profondeur, mais ce n’est pas notre but aujourd’hui…

Nous reparlerons plus longuement d’Apatow à travers la série qui succédera à Freaks and Geeks, et qui ne durera elle-même qu’une saison, à savoir Undeclared, avec l’excellent Jay Baruchel.

(159)