The Watch. Your friendly neighbor.

Ces chroniques ressemblent de plus en plus à une désillusion constante face à la dégradation constante du cinéma « à la Apatow ». Dernier en date Neighborhood Watch, renommé The Watch déçoit à plus d’un titre. On plaçait de grands espoirs dans cette comédie co-écrite par Seth Rogen, avec une belle bande d’acteurs (Ben Stiller, Jonah Hill, Vince Vaughn). Mais The Watch souffre la comparaison avec d’illustres prédécesseurs qui s’étaient déjà emparés, et d’une manière bien plus intéressante de ces mêmes thèmes. On ne peut s’empêcher de penser que The Watch symbolise la limite du cinéma Rogen/Apatow, qui se contente de répéter ses hauts faits, sans jamais innover. On avait déjà ressenti cette impression en regardant The Sitter ou Crazy Stupid Love. Ici, le recyclage auto-référencé atteint son paroxysme.

Dans une banlieue résidentielle américaine, un meurtre particulièrement sanglant incite le citoyen engagé Ben Stiller à formé une milice de voisins composée d’une belle brochettes de névrotiques, dont Jonah Hill, certainement le meilleur acteur du naufrage, recalé des forces de l’ordre pour raisons psychologiques. Bref, une bromance sur fond d’invasion extra-terrestre. Aliens+banlieue ça vous rappelle quelque chose ? Le film lorgne, voire spolie, du côté d’Attack the Block, la comédie marijuano-wesh-sciencefictionnesque anglaise qui, avec un postulat de départ assez comparable, et des moyens beaucoup moins important (il suffit de regarder la gueule des aliens) réussissait à rendre le film à la fois passionnant du point de vue de la narration, et socialement dérangeant. On a l’impression que Seth Rogen et ses potes ont repris le principe d’Attack the Block en le dénaturant en rajoutant du « made in Apatow ». Ben Stiller ressemble étrangement au personnage principal de 40 ans toujours puceau (sauf qu’il n’est plus puceau), il bosse dans une grande surface d’électronique, et troque l’obsession geek de Steve Carell pour une propension à créer des associations de quartiers censées combler un vide existentiel. On peut également citer, dans la concurrence entre la milice de quartier mise en place par Ben Stiller et la police, Observe and Report, avec Seth Rogen, centré sur la vie d’un agent de sécurité dans un mall se prenant pour un vrai flic. Jonah Hill remplace Rogen dans le rôle du milicien complexé, qui sans égaler la performance de son aîné, s’en tire plutôt mieux. Il y a, dans le regard de Jonah Hill, un mélange de comique et d’horreur, bien exploité dans Cyrus, et qui remonte à sa première apparition dans 40 ans toujours puceau. On se rappelle de ce jeune obèse venu acheter des bottes de drag-queen, qui faisait à la fois rire et frissonner.

Bref, rien à dire finalement sur ce film, les quelques blagues de cul n’arrivant même pas à tirer vers le haut un scénario poussif. Du coup on est moins impatient de voir la nouvelle production de Seth, End of the World, tiré du court métrage Jay and Seth vs. The apocalypse (mais bon, comme il y a Jay Baruchel, je ne jugerais pas trop vite… Vous n’avez pas vu The Trotsky ? Très bon film). (150)

La Chine et la science-fiction

Contrairement aux cinémas avoisinant, comme le Japon, l’Indonésie ou la Corée, la science fiction chinoise est rare, voire inexistante. Il faut peut être y voir la main de la censure, bien qu’à Hong Kong également les films de SF ne sont pas légion, à l’exception de Future X-Cops, de Wong Jing, une coproduction sino-hongkongo-taiwanaise (la grande Chine quoi), avec Andy Lau et Fan Bingbing. Une sombre histoire de flics du futur qui tentent de remonter le temps pour empêcher un attentat. Le fait est que la science fiction est peu présente dans le cinéma de genre de l’Empire du Milieu, qui se concentre sur le film de sabre (wu xia pian) ou de fantômes ancrés dans la mythologie chinoise (voir A chinese ghost story de Tsui Hark et toutes ses séquelles, qui se fonde sur les « histoires étranges » de Pu Songling du temps de la dynastie des Qing) ou de gangsters.

Pourquoi une telle timidité vis-à-vis de la science fiction ? En Chine continentale, c’est assez compréhensible. La science fiction possède un répertoire narratif large, qui permet d’utiliser la dystopie, l’uchronie, l’utopie, le futurisme comme autant de ressources permettant de parler du présent ou des dérives politiques et sociales que nous connaissons. Quoi de plus subversif qu’un bon 1984, Fahrenheit 451 ou Blade Runner ? La Chine ayant interdit aux réalisateurs d’utiliser l’outil du « voyage dans le temps », afin de se prémunir contre toute critique du présent par comparaison avec un passé ou un futur idéalisé, on comprend bien que la SF ait rejoint les documentaires sociaux dans les cartons de la censure. On pourra de même s’étonner de l’absence de films de zombies en Chine. La subversion légendaire de ce sous-genre du cinéma incarnée par l’ami Romero (racisme, société de consommation…) y est peut-être pour quelque chose.

D’autre part, la tradition SF dans la littérature chinoise est historiquement très faible. A cause bien entendu du réalisme socialiste, de la Révolution culturelle et de tout un tas d’autres raisons. Pourtant, cela avait bien commencé avec la traduction en chinois des œuvres de Jules Verne et d’H.G. Wells par Lu Xun, le père du roman moderne chinois. Le romancier de SF le plus connu en Chine, Ni Kuang, est un farouche opposant au régime communiste, qu’il a fuit en 1957 pour Hong Kong, avant de finir aux US par peur de la rétrocession.

Alors pourquoi diable parler de la relation entre Chine et science fiction, sinon pour déplorer le manque d’enthousiasme de l’industrie cinématographique chinoise pour les extra-terrestres (à l’exception notable de l’excellent CJ 7 de Stephen Chow). Parce que si la Chine ne s’intéresse pas plus que cela à la SF, la SF s’intéresse à la Chine. De façon paradoxale.

Alors que je rematais la série culte de Whedon, Firefly, je me suis rendu compte que la langue officielle de ce monde futuriste était le mandarin, les sinogrammes étant l’écriture courante et les baguettes de rigueur. On peut ainsi entendre les personnages s’interpeller en chinois pour s’insulter (cao ni ma, que l’on peut rendre par « nique ta mère »), se dire des mots doux, ou tout simplement pour communiquer. Un site répertorie d’ailleurs les insultes proférées durant les 14 épisodes de la série. La série de Joss Whedon en donne l’explication, l’Alliance, qui domine l’univers connu, est une fédération des deux super-puissances restantes, les Etats-Unis et la Chine. Son drapeau est ainsi un mélange des deux emblèmes. Le futur, pour Whedon, ne pourra faire l’économie de la Chine. Mais ce n’est pas l’unique œuvre de science fiction qui fait ce raisonnement.

Si l’on revient aux origines du cyber-punk au cinéma, Johnny Mnemonic fait lui aussi le postulat d’une domination (culturelle et gastronomique) sinon de la Chine, du moins de l’Asie. Los Angeles est couverte de sinogrammes et de yakusas qui se battent pour récupérer la mémoire de Keanu Reeves. Mais l’on peut remonter à Blade Runner de Scott en 1982, qui nous montrait un monde dominé par les sinogrammes et la bouffe asiatique (comme par ailleurs le Cinquième élèment, qui en est la relecture maladroite).

Plus récemment encore, Repo Men, avec Jude Law et Forest Whitaker (et Liev Schreiber quand il ne jouait pas Dent-de-Sabre) utilise le même procédé. En 2025, l’Union, une société privée qui a réussi à développer des organes bio-mécaniques, offre aux malades la possibilité de prolonger leur vie (ou d’améliorer leurs performances) en échange d’un crédit de trois mois qui, s’il n’est pas remboursé à temps, entraîne la mort de l’acheteur par « repossession » de leurs organes factices par des agents. Jude Law et Forest Whitaker jouent ces « repreneurs » qui ouvrent des corps afin de réclamer la propriété privée des organes métalliques. Bref, ce monde aussi est envahi par des sinogrammes qui parsèment les rues américaines. A croire que la détention par les Chinois des bons du trésor ricain fait gamberger les scénaristes d’Hollywood..

Comment expliquer l’engouement de la SF pour les caractères chinois, les baguettes et les nouilles (à noter que les films cités n’intègrent pas de cast asiatique, à part Johnny Mnemonic et la prestation toujours drôle de Takeshi Kitano) ? Cela montre d’une part que l’avenir est perçu par les scénaristes et écrivains comme potentiellement chinois, tout du moins au niveau culturel. Comment faire l’impasse sur un pays qui représente un bon sixième de la population mondiale ? Si l’on réfléchit sur le futur,  et sur la potentielle mixité de la population mondiale, force est de constater qu’il est fort possible que dans quelques centaines d’années nous ayons tous du sang chinois. D’autre part, la puissance fantasmée de l’armée et du gouvernement chinois, son incroyable efficacité quand il s’agit d’exploiter des paysans pour construire des arches de Noé technologiques (voir 2012 par exemple), tend à faire penser qu’un gouvernement mondial se fera sous l’égide de la Chine, quand tous les pays européens ayant sombrés dans la crise, emportés par les Etats-Unis. On peut ici se reporter au livre de Chan Koonchung, Les années fastes, qui montre une Chine post-crise dominant économiquement le monde, et ayant effacé de la mémoire de ses habitants les massacre qu’elle a perpétrés.

Il ne faut pas oublier l’aspect extrêmement esthétique des sinogrammes, et son utilisation futuriste, comme une sorte de hiéroglyphe du futur. Les sinogrammes permettant également de tromper le spectateur sur leur signification, rajoutant au mystère et à l’étrangeté d’une uchronie.

Tout cela alors que la Chine ne manque pas de sujets très science-fictionnels. Par exemple cette télé locale de Xi’an qui prend un vagin en plastique pour un champignon. Ca pourrait donner quelque chose du genre L’invasion des vagins-champignons.  (299)

Ce que Ridley nous Prométhée

Pour beaucoup d’entre nous, le nom de Ridley Scott est associé à une jouissance juvénile face au tube cathodique du temps de la VHS, quand l’écran HD et le Blu-ray n’existaient pas. Nous n’étions pas nés lorsqu’en 1979 sortait Alien, en 1982 quand Blade Runner débarquait sur les écrans, ou à peine en 1985 lorsque Tom Cruise endossait ses collants verts dans l’héroic-fantastique Legend. Pourtant tous ces films font parti d’un imaginaire collectif forgé par Sir Scott qui gagnait là ses jalons de cinéaste « culte », au même titre que Spielberg ou Lucas, en version adulte. Nous étions au cinéma lors du revirement de Scott, qui commença à produire des films non associés à la science-fiction, lorsque Sigourney Weaver fut remplacé par Demi Moore dans un G.I. Jane où les hommes figuraient désormais les Aliens, où encore lors du succès mondial de Gladiator et de La chute du faucon noir. On commençait à perdre espoir, au vue de la qualité des films les plus récents de Ridley, Une grande année, American Gangster ou Robin des Bois. Alors quand on a su que Ridley nous préparait une préquelle d’Alien on avait le choix entre le doute et l’attente extasiée. Mais comme on est finalement des gamins, on a attendu.

Et il est temps aujourd’hui de répondre à la question : est-ce que ça en valait la peine ?

Il faut dire qu’on a laissé la saga Alien dans un sale état. Après deux excellents films (de Ridley Scott puis de James Cameron) qui ont posé les jalons de l’horreur métaphysique dans le cinéma SF, Fincher livrait un Alien 3 moins intense mais toujours intéressant. Avant d’être plombé par Jean-Pierre Jeunet et son esthétique à la limite du supportable. On passera sur le crossover Alien vs. Predator, bien que le premier épisode de ce dyptique commercial se rapproche du scénario de Prometheus, et pour cause, c’est la trame qui au départ devait servir à la réalisation de la première version du préquelle d’Alien par Ridley Scott, avant d’être abandonné. Le deuxième volet d’Alien vs. Predator est quant à lui une honte intergalactique, traînant dans la boue les deux monstres de Scott et McTiernan.

Autant vous dire que Prometheus était attendu au tournant. Pourtant Scott ne livre pas une réelle préquelle, donner l’explication clé en main de la présence du Space Jockey sur la planète LV-426 ne l’intéresse pas. Pour Scott il s’agit de livrer une œuvre-somme, une cosmologie traitant des questions éternelles que l’homme se pose : qu’est-ce que la création, d’où venons-nous, où allons-nous, à quelle heure on mange ?

Paradoxalement, la réponse ontologique de Scott est formulée par l’échange crépusculaire de Peter Weyland et de l’androïde Michael Fassbender à la fin du film : « il n’y a rien » /« Je sais ». La grande question de l’humanité est de manière amusante détourné par une création synthétique de l’homme: androïde privé d’émotions, Fassbender sait bien qu’il n’y a pas de sens à chercher dans la création. Assez intelligemment, l’utilisation du robot est porté encore plus loin que dans les précédents opus. Si l’androïde est ainsi capable de commettre les pires atrocités pour la science, ou de se montrer quasi-humain, jusqu’à développer un complexe d’Oedipe (là encore mythe fondateur, à l’instar de celui de Prométhée). Loin d’être un brûlot nihiliste, le film de Scott s’attaque à la problématique de la foi et de la raison, sous les traits d’une Noomi Rapace peu à l’aise dans son rôle de scientifique croyante. Film-somme, il l’est aussi par sa propension à intégrer tous les éléments de la saga Alien, comme la fameuse scène de basket dans le troisième opus, où un auto-avortement dans une séquence magnifique qui rappelle en creux la naissance du premier Alien.

Pourtant ce n’est pas le film qu’on nous promettait. Trop de longueurs et une interprétation assez moyenne d’une bonne partie des acteurs viennent assombrir le tableau. De même que le suspens, qui était habillement distillé dans les premiers Alien, ne fonctionne pas ici. Il reste que ce film offre un spectacle d’une beauté assez rare au cinéma, et pose des questions auxquels Scott fait bien de ne pas répondre. Pour ne pas, comme Weyland et Prométhée, sombrer dans l’hybris.

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Le singe d’une nuit d’été

Il y a quelque temps, sortait sur nos écrans La planète des singes : les origines. Pensé tout d’abord comme un reboot de la franchise débutée en 1968 et achevé dans le sang par un Tim Burton peu inspiré (mais après tout, après avoir vu Alice au pays des merveilles, on peut en déduire que le réalisateur persiste dans la médiocrité), ce nouveau volet s’inscrit plutôt dans une logique préquelle, tout en rendant hommage au film de 68. Et pas à celui de Burton.

Commençons donc par la série débutée en 68. Adapté d’un roman de Pierre Boulle, à qui l’on doit Le pont de la rivière Kwai, également adapté sur grand écran, le projet La planète des singes n’abouti qu’avec la présence au générique de Charlon Heston, et surtout avec une réduction drastique du budget. Dystopie typique, le roman de Pierre Boulle mettait en scène des astronautes qui en 2500 tombent sur une planète semblable à la terre dirigée par des singes, et où les hommes sont réduits en esclavage. Dans le roman, la civilisation simiesque est très avancée, même s’ils ne maîtrisent pas aussi bien que les humains la technologie spatiale. Dans le film réalisé par Franklin J. Schaffner, la civilisation simiesque en est quasiment à son Moyen-âge, et ceci pour des raisons budgétaires. Le romancier n’apprécie pas et le fait savoir. Pierre a les boulles.

Ce n’est pas la seule différence avec le livre. Dans le roman, les singes parlent un langage spécifique, que le héros doit s’efforcer d’apprendre, tandis que le film fait parler les singes en anglais, gain de temps pour le passage au cinéma. Si dans le roman, Ulysse Mérou, l’astronaute, est clairement sur une autre planète, on comprend à la fin du film que l’action se déroule sur la terre. L’explication donnée à la domination des singes est également différente : tandis que pour Pierre Boulle, l’évolution explique l’inversion des rapports, c’est une guerre nucléaire qui est dans le film l’option envisagée. Car contrairement au livre, le film se place très clairement sur un terrain politique, le scénariste, non-crédité, étant une victime du maccarthysme. Nous sommes en 68, année de toutes les luttes, mais également époque de l’équilibre de la terreur entre puissances ricaines et soviétiques. La menace de la catastrophe atomique irriguera les cinq épisodes réalisés entre 68 et 73, dont la scène finale du premier opus constitue le paroxysme : la statue de la liberté, ensevelie sous le sable (image culte qui servira à Le jour d’après).

Le film de Tim Burton, reboot catastrophique, est une insulte à l’œuvre originale, tant romanesque que cinématographique. On trouve toujours à Tim Burton des excuses, dans ce cas c’est la méchante compagnie qui aurait castré l’imagination de Burton. Mais face à ce désastre, on ne peut entièrement dédouaner l’ami gothique. Paradoxalement, le film est plus proche du roman, le capitaine Davidson (Mark Wahlberg) atterrissant sur une planète qui n’est pas la terre, pour ensuite découvrir que sur terre également les singes ont pris le pouvoir. Le scénario est complètement incohérent, s’embrouillant dans des histoires d’espace temps débiles. Les humains, réduits en esclavages sont, dans le film de Burton, doués de paroles, contrairement au livre et au film de 68… Comment se fait-il alors qu’ils soient réduits en esclavage ? Débile du début à la fin, le film abandonne toute portée subversive (récurrent chez Burton, voir Charlie et la chocolaterie ou Alice).

La préquelle (oui, préquelle est féminin) sortie ces derniers temps rompt cependant avec le film de Burton. En choisissant de traiter la genèse de la planète des singes (qui avait cependant déjà été traité à partir du troisième opus de la série), le film permet d’inverser les rôles, et ce faisant, rend hommage à l’œuvre originale. Car c’est au film de 68 qu’il faut le comparer, La planète des singes : l’origine reprenant les grands thèmes développés par Schaffner. Le film de 68 abordait la condition animale en suscitant chez le spectateur une empathie bien naturelle à l’égard des hommes, traités comme des animaux. Dans le film de 2011, c’est aux singes que l’on est conduit à s’identifier. Le singe César (qui fait son apparition dans La conquête de la planète des singes, en tant que leader de la révolution simiesque) a développé des capacités cognitives surprenantes suite à une expérience menée par un jeune scientifique (James Franco) contre l’Alzheimer. Mis en cage à la suite d’une altercation avec un humain, César se retrouve prisonnier d’un refuge pour primates, où Draco Malfoy, pardon Tom Felton, exerce une autorité despotique. Maltraité par les hommes et rejeté par les primates, César devra apprendre à gagner le respect des siens pour mener à bien la Révolution, et briser ses chaînes. Le film est une illustration assez fidèle du marxisme, dans sa description du combat que livre César et les siens pour leur liberté. Le produit créé par James Franco devient une allégorie de la conscience de classe, qui permet aux singes d’ouvrir les yeux. Le film fait des clins d’œil appuyé au film de 68, César étant appelé « bright eyes » par les scientifiques (le produit transformant la couleur des yeux des singes), ce qui fut le surnom de Charlton Heston dans le premier film. On a également une référence à l’expédition spatiale vers Mars d’Heston. Le mérite du film est de rendre hommage à ses prédécesseurs sans pour autant tomber dans le mimétisme constant. Changement d’époque, ce n’est plus la guerre nucléaire qui est évoquée ici, mais la manipulation du vivant et le danger bactériologique. En outre de proposer une lecture subversive de la condition animale, le film tente aussi d’esquisser, sans malheureusement la traiter de manière adéquate, une réflexion sur l’éthique en génétique.

Et le film n’est pas en 3D.

Ce qui est franchement un plus.

En bonus, nous conseillons également La playmate des singes, version érotique du livre de Boulle. Ce qui en fait un film de Boulle. Ce nom est une source inépuisable de blagues.

 

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La Spielberg touch

Pourquoi un billet sur Spielberg, alors que son prochain film, Tintin et le secret de la licorne, ne sortira que le 26 octobre ? Parce que deux films récents lui rendent directement hommage. Un hommage officiel qui plus est, puisque l’ami Steven est producteur des deux gros blockbusters de l’été. Avec quelque réussite certes, mais dans des registres différents.

Mais s’il s’agit dans les deux cas d’aliens.

E.T. vs Alien

{jcomments off}Le passage au cinéma de J.J. Abrams n’a pas été inintéressant. Ses deux premiers films réadaptaient des séries télé avec plus (Star Trek) ou moins (Mission Impossible III) de réussite. Ce qui parait finalement logique pour un réalisateur de séries assez doué (on lui doit Alias, Lost et dernièrement Fringe qui avant de s’empêtrer dans des histoires assez chelous de mondes parallèles avait réussi à se démarquer des CSI-like habituels).

Ici il ne s’agit pas de reprendre de vieilles gloires télévisuelles, mais de rendre hommage à un certain type de films. Ces films, comme tout le monde sait, sont les productions Amblin des années 80, en premier lieu E.T., Les goonies, Les Greemlins et Retour vers le futur. Les kids des années 2010 ne seront certes pas sensibles aux références déployés par J.J., qui vise un public de trentenaires (mais aussi ceux qui, plus jeunes, ont été nourris à ces productions signés Spielberg sur VHS piraté). On peut se demander quel peut être la réception de Super 8 par un gamin de 10 ans qui a grandi avec… je sais pas vraiment avec quoi en fait. Putain, je me fais vieux.

Mais bon, pour nous, Super 8 rappelle des grands moments de l’enfance. Comme lorsque je regardais tous les soirs sous mon lit pour voir s’il n’y avait pas de greemlins, ou que j’essayais d’inventer des farces boumchtatrape à la manière de Data (le noich des Goonies). En bref, J.J. reprend l’intrigue de E.T., à savoir un alien paumé qui cherche à rentrer chez lui et une bande de jeunes adolescent dans une ville classe moyenne des Etats-Unis. Sauf que contrairement à E.T., l’alien n’a pas été recueilli par les gosses, mais pas le gouvernement. Et qu’à force d’expériences assez désagréables, il est devenu méchant. Enfin pas trop, mais quand même.

Le film se déroule dans les années 80, ce qui a pour effet de distancier un peu plus les jeunes spectateurs, mais permet d’ancrer le récit dans l’âge d’or d’Amblin et de ses productions pour adolescents geeks. En parlant d’adolescents geeks, J.J. fait le portrait d’une bande de bras cassés passionnés de films d’horreur, qui tentent de concourir pour un festival de cinéma amateur, grâce à leur Super 8 (d’où le titre du film). En plus d’être un hommage aux productions de Spielberg, le film l’est également à tout ce cinéma amateur qui a formé les plus grands réalisateurs, qui armés d’une Super 8 filmaient leur environnement familial ou leurs propres créations imaginaires. En tournant une scène de leur film (une histoire de zombie), les ados assistent perplexe à un déraillement de train. Cette scène est certainement la plus belle qu’on est vu depuis bien longtemps. Je vous le dis, le déraillement seul vaut le prix du ticket. Bref, s’ensuit un jeu de cache-cache entre l’alien et l’armée, auquel les ados assistent perplexes. Car les interactions entre l’alien et les enfants sont de fait très peu nombreux, J.J. préférant dresser un tableau de la vie adolescente dans les petites villes américaines. Comme dans les films d’Amblin, nous avons le garçon issu d’une famille monoparentale (la mère du jeune héros est morte d’un accident dans l’usine où elle travaillait, et la fille dont la mère s’est cassée), le gros sympa (comme Choco dans Les goonies), et le dingue d’explosifs (qui rappelle un peu Data). Amour, amitié et jalousie sont au rendez-vous, mais également un regard finalement assez critique sur le monde des adultes, fait de haine et d’incompréhension.

Indiana Jones vs. James Bond

Croyez le ou non, le Western-fiction est un genre très prisé de certains comics américains. La récente (mauvaise) adaptation de Jonah Hex en est une preuve. Dans Cowboy and Aliens, Josh Brolin cède la place à Daniel Craig et Megan Fox à Olivia Wilde. On perd au change dans le dernier cas. On imagine bien les scénaristes du comics d’où le film est tiré s’être retrouvé au bar un soir. « Hey, Joe, t’as vu Alien vs. Predator c’était bien non ? Si on faisait une série sur des aliens contre les dents de la mer ? », « non Jack, j’ai une meilleure idée, si on disait que des aliens étaient venus conquérir la terre au temps du far west ? Ca serait trop de la balle ! Garçon, une autre Bud s’il vous plait ».

Cette idée saugrenue de départ rend le film au premier abord sympathique. Et disons le tout de suite, Spielberg est encore à la production. Du coup il a ramené son pote Harisson Ford, qui joue un vieux colonel aigri qui part à la recherche de son fils enlevé par des aliens. James Bond, pardon Daniel Craig, fait comme d’habitude. Une présence assez impressionnante, mais des dialogues inexistants. Mais bon, on lui demande de se battre contre des aliens, pas de réciter Le discours de la méthode.

Le gros avantage de Daniel Craig, c’est de posséder autour de son bras une arme super sophistiqué lui permettant d’envoyer des rafales d’énergies. Ayant perdu la mémoire, il ne sait pas comment cette arme est arrivée en sa possession. Et ne comptez pas sur moi pour vous révéler le secret, cela occupe une bonne partie du film.

Daniel Craig reprend ici symboliquement le flambeau d’Harisson Ford dans Indiana Jones. Increvable, téméraire, il va même jusqu’à singer le prof d’archéologie en tentant de récupérer son chapeau toutes les deux minutes. Hommage, hommage.

Bon, après on a les gros thèmes des blockbusters américains, l’union des indiens et des cowboys (oui, on vous a tous massacrés, mais les aliens ne font pas eux la différence entre les peaux rouges et les peaux blanches), et la cupidité des hommes. La raison pour laquelle les aliens sont arrivés sur terre est pas mal trouvée, malheureusement la fin du film sape toute la morale que l’on croyait tournée contre l’exploitation des ressources terrestres. Tout ça pour dire qu’il faut s’unir contre les étrangers qui viennent exploiter les ressources de l’Amérique. Les chinois ?

Finalement, Spielberg, même s’il n’est pas présent en tant que réalisateur, pose sa patte sur les sorties de l’été. Ce n’est pas tant dans le fait qu’il soit le producteur de Super 8 et Cowboys and aliens, mais parce que tous ces films lui rendent un hommage appuyé, à sa vision d’un cinéma populaire mais inventif. On peut aussi se poser la question de l’omniprésence de la figure de l’alien dans le cinéma spielbergien. Pas que de l’extra-terrestre (que l’on peu retrouver dans E.T., Rencontre avec le troisième type, La guerre des mondes, Indiana Jones et la crâne de cristal), mais également de l’étranger persécuté et incompris (La couleur pourpre, La liste de Schindler, Le terminal, Amistad). Peut être faut-il considérer le parcours personnel de Spielberg comme une déterritorialisation permanente, un exil continu qui ne trouve son point d’attache que dans l’imaginaire permis par le cinéma.

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Un bon film de SF passé inaperçu

Ce qui est bien avec les dvd, c’est qu’un soir de disette intellectuelle il est toujours bon de prendre la première galette qu’on trouve et se poser dans son lit, à regarder un film qu’on n’aurait pas vu au cinéma. Bon, c’est surtout vrai quand les dvd coûtent moins d’un euro. Donc pas en France.

C’est le cas de Splice, un film de SF passé assez inaperçu (en tout cas en France). Ce qui est paradoxal, car le film est une production franco-canadienne, réalisé par Vincenzo Natali, le keumé qui a tout de même tourné Cube, ce qui n’est pas rien. Donc, Splice, ce n’est pas qu’un film de SF de plus, c’est un film de SF intelligent et bien mené, en tout cas durant toute la première partie du film.

Donc de quoi parle le film? Adrien Brody joue un génie génétique (encore une blague, je suis en forme) qui, avec l’aide de sa copine, Sarah Polley, elle aussi généticienne, s’amusent à créer des espèces nouvelles en combinant des ADN différents (splicing the adn donc). Comme ce sont des gros N.E.R.D (qui est en fait le nom du labo, ce qu’ils sont drôles les scénaristes quand même), ils arrivent à leur fin et créent une sorte de créature phallique qui contient dans son ADN des potentialités pharmaceutiques. Bref, les deux amis veulent aller plus loin, mais le labo qui les emploi préfère se contenter du phallus génétique. Du coup, les Laurel et Hardy de la génétique prennent sur eux de créer leur nouvelle créature en louzdé. Mais cette fois-ci, c’est en mixant de l’ADN humain qu’ils vont faire leur expérience…

Bref, vous comprenez, ils créent un simili-humain, qui grandit bien plus vite que prévu. Les deux amants se demandent ce qu’ils vont faire de leur créature, Adrien est plutôt d’avis d’arrêter l’expérience, mais l’instinct maternel de Sarah Polley refait surface et protège la créature (Dren, nerd à l’envers, qu’est-ce qu’ils sont fun les scénaristes) contre les instincts meurtriers, mais prudents, d’Adrien.

Le film pose en gros la question, bien sûr, de la responsabilité des généticiens, mais aussi de ce qui fait de nous des humains. A partir de quand peut-on dire que l’on a franchit la barrière qui sépare l’homme de l’animal? C’est une question importante, que posent les progrès récents de la génétique, et qui dans ce film est traitée de manière très subtil, et en même temps très humaine. Car l’attachement des deux généticien à leur progéniture factice (quoique…) ne peut que nous attendrir. Le film pose aussi la question de l’instinct maternel, à travers la figure de Sarah Polley, ancien enfant battu qui a la tentation de  répéter son enfance avec Dren, bien malgré elle. La question de la sexualité n’est pas en reste, puisque Adrien ne cache pas ses désirs envers Dren dans plusieurs scènes très bien filmés.

Toute la première partie du film, qui fonctionne comme un huis-clos génétique, pose toutes sortes de questions, peut-être un peu trop, mais arrive assez bien à mêler science fiction et interrogation philosophique. La fin du film, beaucoup plus attendue, réjouira les amateurs de SF à l’ancienne, avec ses scènes de baston au final assez bien faites.

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