Les aventures de Tintin au pays du cinéma

Spielberg, Tintin, Hergé, la performance capture, la ligne claire. Le petit monde du cinéma est en ébullition depuis la sortie de l’adaptation cinématographique du reporter du Petit Vingtième. Nous n’ajouterons pas nos voix aux hourras ou aux huées. Ce qui est clair, c’est que le Tintin de Spielberg suscite des réactions opposées et très vives. Alors, révolution ou imposture ? Tintin a en tout cas le mérite de montrer toute l’inanité d’une partie des critiques de cinéma, qui n’ont aucune idée de ce dont ils parlent.

Les contempteurs de la post-modernité

Yannick Dahan et ses potos de Frisson Break ont clairement fumé des gros joints en se matant le dernier Spielberg. Pour eux, un seul mot, « chef d’oeuvre » n’est qu’un doux euphémisme. Dans l’extrait ci-dessous, Yannick ne cache pas son admiration pour Steven et son Tintin. Pour lui comme pour l’équipe de Frisson Break, Spielberg et Jackson on réinventé le cinéma en employant la performance capture. On comprend l’enthousiasme qui anime Yannick, même si on a du mal à la partager. Certes, le film est maîtrisé, certaines séquences sont magnifiques (l’attaque de la Licorne ou la poursuite des parchemins par Tintin dans la casbah), mais on ne peut pas dire que le film soit une réussite. Beaucoup trop d’incohérences parcourent le scénario pour nous permettre d’adhérer complètement au film. Malgré toutes ses exubérances, Indiana Jones avait réussi à créer un univers cohérent. Il avait même réussi à redéfinir l’aventure au cinéma.

Qu’est-ce que la performance capture me demanderez-vous ? Vous avez connu la motion capture avec Avatar et ses hommes bleus interprétés par des humains. La performance capture elle pousse plus loin le principe, les acteurs jouant réellement les situations qui sont à l’écran, l’ordinateur enregistrant leur performance, comme l’explique le père Dahan ici :

On comprend mieux ce que représente la performance capture. Il est clair que cette technique redéfinie notre rapport au cinéma, à la notion de « performance » et à ce que jouer veut dire. Il nous manque un Benjamin ou un Deleuze nous permettant de prendre la mesure ce qui est en train de se passer. Malheureusement, nous n’avons que des critiques qui, au mieux ne savent pas de quoi ils parlent.

Critique de la critique critique

Dans la famille mainstream je demande Le Cercle, émission de canal présentée par Frédéric-nez-dans-la-poudreuse-Beigbeder. Les grandes figures mainstream de la critique du cinéma se retrouve pour cachetonner et dire ce qu’ils pensent de films qu’ils ont vu entre deux cocktails. Les grands critiques du Figaro, des Inrocks, de Télérama et de Positif, bref de l’hégémonie culturelle, nous servent les plus gros clichés possibles sur Tintin. A l’évidence, Beigbeder ne sait pas ce que recouvre le terme « ligne claire » chez Hergé, et tente de l’appliquer au film de Spielberg. Eric Neuhoff n’a pas d’autre terme que « moche » pour décrire les images de synthèse. Au lieu de développer une pensée même négative sur le film, ils n’emploient que des raisonnements réactionnaires sur la technique. Il est vrai que pour les amateurs du grand cinéma français (Polisse, La guerre est déclarée qu’ils ont adoré), la notion même de cadrage, de plan séquence, en un mot, de cinéma, est une idéologie fasciste. On ne parlera même pas de la confusion entre motion et performance capture.


« J’aurais préféré qu’ils adaptent Coke en stock. »

Putain les gars, ce n’est pas tous les jours qu’on utilise une nouvelle technique dans le cinéma. Il y a eu le tournant du parlant, l’image de synthèse, la motion capture et la performance capture. Mais les critiques français s’en tapent : « la motion capture, enfin quelque chose comme ça, ça ne m’intéresse pas ». C’est affligeant. Vous êtes critiques de cinéma, ça suppose que vous vous documentiez un peu sur ce qu’il se passe dans votre métier. Mais bon, vous préférez dire que c’est « abominable » de voir des images de synthèse qui imitent des expressions humaines, alors même que vos acteurs fétiches n’en ont pas.

On ne demande pas aux critiques d’aimer Tintin, mais de faire leur boulot. Et c’est pas gagné. (335)

La Spielberg touch

Pourquoi un billet sur Spielberg, alors que son prochain film, Tintin et le secret de la licorne, ne sortira que le 26 octobre ? Parce que deux films récents lui rendent directement hommage. Un hommage officiel qui plus est, puisque l’ami Steven est producteur des deux gros blockbusters de l’été. Avec quelque réussite certes, mais dans des registres différents.

Mais s’il s’agit dans les deux cas d’aliens.

E.T. vs Alien

{jcomments off}Le passage au cinéma de J.J. Abrams n’a pas été inintéressant. Ses deux premiers films réadaptaient des séries télé avec plus (Star Trek) ou moins (Mission Impossible III) de réussite. Ce qui parait finalement logique pour un réalisateur de séries assez doué (on lui doit Alias, Lost et dernièrement Fringe qui avant de s’empêtrer dans des histoires assez chelous de mondes parallèles avait réussi à se démarquer des CSI-like habituels).

Ici il ne s’agit pas de reprendre de vieilles gloires télévisuelles, mais de rendre hommage à un certain type de films. Ces films, comme tout le monde sait, sont les productions Amblin des années 80, en premier lieu E.T., Les goonies, Les Greemlins et Retour vers le futur. Les kids des années 2010 ne seront certes pas sensibles aux références déployés par J.J., qui vise un public de trentenaires (mais aussi ceux qui, plus jeunes, ont été nourris à ces productions signés Spielberg sur VHS piraté). On peut se demander quel peut être la réception de Super 8 par un gamin de 10 ans qui a grandi avec… je sais pas vraiment avec quoi en fait. Putain, je me fais vieux.

Mais bon, pour nous, Super 8 rappelle des grands moments de l’enfance. Comme lorsque je regardais tous les soirs sous mon lit pour voir s’il n’y avait pas de greemlins, ou que j’essayais d’inventer des farces boumchtatrape à la manière de Data (le noich des Goonies). En bref, J.J. reprend l’intrigue de E.T., à savoir un alien paumé qui cherche à rentrer chez lui et une bande de jeunes adolescent dans une ville classe moyenne des Etats-Unis. Sauf que contrairement à E.T., l’alien n’a pas été recueilli par les gosses, mais pas le gouvernement. Et qu’à force d’expériences assez désagréables, il est devenu méchant. Enfin pas trop, mais quand même.

Le film se déroule dans les années 80, ce qui a pour effet de distancier un peu plus les jeunes spectateurs, mais permet d’ancrer le récit dans l’âge d’or d’Amblin et de ses productions pour adolescents geeks. En parlant d’adolescents geeks, J.J. fait le portrait d’une bande de bras cassés passionnés de films d’horreur, qui tentent de concourir pour un festival de cinéma amateur, grâce à leur Super 8 (d’où le titre du film). En plus d’être un hommage aux productions de Spielberg, le film l’est également à tout ce cinéma amateur qui a formé les plus grands réalisateurs, qui armés d’une Super 8 filmaient leur environnement familial ou leurs propres créations imaginaires. En tournant une scène de leur film (une histoire de zombie), les ados assistent perplexe à un déraillement de train. Cette scène est certainement la plus belle qu’on est vu depuis bien longtemps. Je vous le dis, le déraillement seul vaut le prix du ticket. Bref, s’ensuit un jeu de cache-cache entre l’alien et l’armée, auquel les ados assistent perplexes. Car les interactions entre l’alien et les enfants sont de fait très peu nombreux, J.J. préférant dresser un tableau de la vie adolescente dans les petites villes américaines. Comme dans les films d’Amblin, nous avons le garçon issu d’une famille monoparentale (la mère du jeune héros est morte d’un accident dans l’usine où elle travaillait, et la fille dont la mère s’est cassée), le gros sympa (comme Choco dans Les goonies), et le dingue d’explosifs (qui rappelle un peu Data). Amour, amitié et jalousie sont au rendez-vous, mais également un regard finalement assez critique sur le monde des adultes, fait de haine et d’incompréhension.

Indiana Jones vs. James Bond

Croyez le ou non, le Western-fiction est un genre très prisé de certains comics américains. La récente (mauvaise) adaptation de Jonah Hex en est une preuve. Dans Cowboy and Aliens, Josh Brolin cède la place à Daniel Craig et Megan Fox à Olivia Wilde. On perd au change dans le dernier cas. On imagine bien les scénaristes du comics d’où le film est tiré s’être retrouvé au bar un soir. « Hey, Joe, t’as vu Alien vs. Predator c’était bien non ? Si on faisait une série sur des aliens contre les dents de la mer ? », « non Jack, j’ai une meilleure idée, si on disait que des aliens étaient venus conquérir la terre au temps du far west ? Ca serait trop de la balle ! Garçon, une autre Bud s’il vous plait ».

Cette idée saugrenue de départ rend le film au premier abord sympathique. Et disons le tout de suite, Spielberg est encore à la production. Du coup il a ramené son pote Harisson Ford, qui joue un vieux colonel aigri qui part à la recherche de son fils enlevé par des aliens. James Bond, pardon Daniel Craig, fait comme d’habitude. Une présence assez impressionnante, mais des dialogues inexistants. Mais bon, on lui demande de se battre contre des aliens, pas de réciter Le discours de la méthode.

Le gros avantage de Daniel Craig, c’est de posséder autour de son bras une arme super sophistiqué lui permettant d’envoyer des rafales d’énergies. Ayant perdu la mémoire, il ne sait pas comment cette arme est arrivée en sa possession. Et ne comptez pas sur moi pour vous révéler le secret, cela occupe une bonne partie du film.

Daniel Craig reprend ici symboliquement le flambeau d’Harisson Ford dans Indiana Jones. Increvable, téméraire, il va même jusqu’à singer le prof d’archéologie en tentant de récupérer son chapeau toutes les deux minutes. Hommage, hommage.

Bon, après on a les gros thèmes des blockbusters américains, l’union des indiens et des cowboys (oui, on vous a tous massacrés, mais les aliens ne font pas eux la différence entre les peaux rouges et les peaux blanches), et la cupidité des hommes. La raison pour laquelle les aliens sont arrivés sur terre est pas mal trouvée, malheureusement la fin du film sape toute la morale que l’on croyait tournée contre l’exploitation des ressources terrestres. Tout ça pour dire qu’il faut s’unir contre les étrangers qui viennent exploiter les ressources de l’Amérique. Les chinois ?

Finalement, Spielberg, même s’il n’est pas présent en tant que réalisateur, pose sa patte sur les sorties de l’été. Ce n’est pas tant dans le fait qu’il soit le producteur de Super 8 et Cowboys and aliens, mais parce que tous ces films lui rendent un hommage appuyé, à sa vision d’un cinéma populaire mais inventif. On peut aussi se poser la question de l’omniprésence de la figure de l’alien dans le cinéma spielbergien. Pas que de l’extra-terrestre (que l’on peu retrouver dans E.T., Rencontre avec le troisième type, La guerre des mondes, Indiana Jones et la crâne de cristal), mais également de l’étranger persécuté et incompris (La couleur pourpre, La liste de Schindler, Le terminal, Amistad). Peut être faut-il considérer le parcours personnel de Spielberg comme une déterritorialisation permanente, un exil continu qui ne trouve son point d’attache que dans l’imaginaire permis par le cinéma.

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