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Fuck la critique...

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… c’est un peu ce que l’on a envie de dire ce moment à propos des deux films que mon collègue mais néanmoins ami a présenté avant moi, à savoir La rafle et Shutter Island. Ne vous inquiétez pas, je ne vais pas vous refaire une critique de ces deux films, mais une critique de la critique (Une Critique de la Critique critique dirait l’ami Karl). Non pas que les deux films soient comparables (quoique le traitement de la Seconde Guerre mondiale soit au centre de ces deux films), mais que certains critiques de cinéma, et souvent les mêmes, ont encensé l’un au détriment de l’autre. Et je ne parle pas de BHL qui dans Le Point distille toute sa médiocrité à propos de Shutter Island, c’est à se demander si comme pour l’affaire Botul, Nanard a-t-il vraiment pris la peine de voir l’œuvre avant de la critiquer ?

Prenons La rafle. Une œuvre esthétiquement mauvaise, dont le jeu des acteurs reflète l’amateurisme du propos. On se demande bien ce qu’on foutus les historiens engagés comme consultants pour avoir permis au semblant de réalisatrice de nous infliger cela. Les journaux louent le talent de Mélanie Laurent (le film est « porté par l'interprétation tendue et déchirante de Mélanie Laurent » nous dit Le Figaro) et saluent une « œuvre utile » (La croix). Le fait que je cite des journaux « de droite » ne doit pas nous faire oublier que du côté de la gauche molle (L’Obs), l’éloge est en tout point pareil. Pourquoi ? Parce que cette œuvre est à l’instar de ses admirateurs, molle, consensuelle et évite de faire des vagues. La rafle dédouane en grande partie les français, simples badauds comme ceux qui étaient au pouvoir. A côté de l’Hitler désaxé que l’on nous donne à voir, Pétain fait mine de grand père gentil. Pas un français n’est au fond antisémite, tous se plient en quatre pour aider les juifs déportés (à part les gendarmes). Les pompiers sont trop cools, les prêtres sont philosémites, les directeurs d’écoles se battent pour leurs étudiants juifs, les concierges (sic) préviennent les habitants juifs de la descente de police… Ces actes, qui individuellement ont bien existés (sinon comment expliquer qu’une grande partie des juifs français aient réchappés à la déportation ?) sont surreprésentés et glorifiés. Alors que la lâcheté, l’avidité, la méchanceté ou tout simplement la neutralité sont balayés d’un revers de main. Depuis Le chagrin et la pitié c’est un sacré retour en arrière (pour ne pas dire « révisionnisme ») auquel on assiste. Et c’est bien ce qui fait plaisir à La Croix (le prêtre est cool), Le Figaro (qui se réjouit de la réhabilitation de Pétain) ou l’Obs (unité nationale et molesse du propos). Le film est bien trop didactique pour faire preuve de finesse (on y apprend qu’il fallait croire Hitler quand il programmait dans Mein Kempf la destruction des juifs), tandis que les alliés anglo-américains sont bien heureusement épargnés. Que dire des personnages ? Ils représentent chacun un topos particulier du juif : le communiste, le sioniste, celui qui se résigne, celui qui croyait en la France, celui qui arrive à s’enfuir… En schématisant au possible les personnages, la réalisatrice ne fait preuve d’aucune complexité dans la construction des caractères. Les blagues de Gad Elmaleh tombent à plat. D’ailleurs quel idée de confier le rôle d’un communiste polonais à un sépharade, d’autant que beaucoup de ses réactions sont anachroniques (les trois étoiles annonçant la fin de shabbat doivent plutôt venir de l’histoire personnelle de la réalisatrice que d’une reconstitution quelconque du rapport au judaïsme de cet émigré trotskiste, marié avec une femme religieuse…).

L’autre injustice est celle faite à Shutter Island. BHL traite quasiment Scorsese d’antisémite dans sa présentation du camp de Dachau (alors qu’aucun des déportés n’est juif dans le « traveling totalitaire » qui ne montre que des prisonniers politiques). Les cahiers du cinéma parlent de « grossièreté » et de « surplace ». On aimerait savoir comment les Cahiers du cinéma voudraient retranscrire l’enfermement et la folie si ce n’est dans la contigüité de l’espace. On les laissera faire de la mauvaise exégèse de Deleuze en nous recadrant sur Foucault. Le film se prête plutôt bien à ce genre d’analyse, on ne peut en effet traiter de la folie, de l’asile et des camps sans se référer à notre ami chauve. Depuis que Pinel a libérer de leurs chaînes les fous, il a placé la folie dans le cadre de la médecine et fait rentrer le fou dans une relation médecin/patient que traduit très bien le film. Le fou est ainsi considéré comme déviant par rapport à une norme que l’on va essayer de lui faire intégrer à coup d’analyse, d’aveux, et de lobotomie. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, Shutter Island est un film à plusieurs niveaux, qu’il faudrait revoir pour mieux apprécier. Ce qui est intéressant, et finalement dérangeant dans ce film, c'est qu'il nous prend par surprise. On s'attend à à trouver un lien de parenté explicite entre les camps de concentration nazis et l'asile, mais la réalité est beaucoup plus complexe. L'asile, ce n'est pas le camp de la mort, c'est d'ailleurs une technique beaucoup plus ancienne, mais ils participent tous deux à une redéfinition de la norme et du couple intérieur/extérieur, tout comme la prison. Le fameux « retournement de situation » n’est finalement pas si important et s’insère assez naturellement dans la trame du film. Certes, certaines ficelles sont grosses, tandis que d’autres points auraient mérités un éclaircissement, mais au total, ce film arrive bien à instaurer une ambiance paranoïaque et nous fait entrer aux confins de la folie. On croit ainsi plus à cette fiction assumée qu’à l’ersatz de docu-fiction qu’est La rafle.

 

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