Si le goût appartient à une classe, comme disait l’ami Bourdieu, gageons que nous ne défendons celui de la classe dominante. La folie des classements en cette fin de décennie dessine le goût d’une critique pseudo-engagée, des Inrocks aux Cahiers en passant par Positif. Reconnaissons à Positif une certaine cohérence entre leur position ancrée « à gauche » et leur engagement esthétique. Mais quand on fait l’éloge de Campion et son dernier film chiant comme la mort, on ne peut pas se poser comme défenseur d’une esthétique révolutionnaire, au sens de Benjamin.
Ni populo, ni chiant.
Voila la doctrine que l’on essaiera de s’imposer. Entendons-nous, le sens de « populo » ne signifie pas que nous vouons aux gémonies les productions satisfaisant les bas instincts des masses prolétaires, mais que nous refusons de considérer un film comme un produit que l’on serait susceptible d’échanger dans un marché. Un film produit comme un baquet de lessive, ce n’est pas un film, c’est un baquet de lessive. Ce qui ne veut pas dire que des films populaires ne puissent être intéressant, beaux ou tout simplement pertinents. Les films d’Appatow, de En cloque mode d’emploi à Funny people, ils nous disent quelque chose à propos de la société américaine derrière un ton volontairement régressif, que la pseudo-branchitude des films torturés français ne saurait rendre. Tout comme Shutter Island qui derrière son gros budget et ses grosses stars montre mieux que quiconque les mécanismes d’une société d’enfermement.
Tout comme il ne faut pas confondre film à portée social et film chiant. Belvaux, Jia Zhang-Ke, sont des réalisateurs qui captent les tensions sociales et les recrachent de manière brute, brusque. Ce sont des films qui font appel à l’intelligence du spectateur, un « spectateur émancipé », et non pas passif.
L’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante.
Bien entendu, nous serons souvent en accord avec le bon goût de la critique française (par exemple sur le cas Jia Zhang-Ke), mais pas pour les mêmes raisons. Pour certains la forme prime, pour d’autre c’est le fond. Gageons que « la forme au service du fond » soit notre mot d’ordre, mais pas n’importe quel fond, ni n’importe quelle forme. Ce qui importe c’est de voir quelles sont les films rejetés par la critique, ceux qu’elle tait, qu’elle ne prend pas la peine de critiquer car elle y voit un « art mineur ». Le film de genre, le film de série B, celui qui n’intéresse pas la troïka de la critique cinématographique mérite notre attention. Car nous pouvons y voir ce qui manque dans les autres films.





