Vous voyez Welcome, le film de Philippe Lioret ? Un jeune réfugié afghan débarqué à Calais trouve refuge chez un maître de natation fraîchement divorcé (Vincent Lindon). Très réaliste, le film suivait le combat de ces deux hommes dans leur affrontement avec la réalité et l’administration française. Bon, vous prenez Welcome, et vous mettez Lucchini et Viard et une situation typique de la comédie française et vous obtenez Les invités de mon père. Contre toute attente, ça marche, malgré quelques couacs, justement parce que ce n’est pas de la comédie française stricto sensu.
Alors qu’on attendait quiproquo et dialogues bien sentis, bons sentiments bobos et fraternité universelle, nous avons là mensonges, mesquinerie et voyeurisme, mais avec le sourire et l’acidité des films français, qui quand ils ne sont pas caricaturaux, sont plutôt bons. Ici, la réalisatrice s’amuse à prendre les spectateurs à contre-pied. On s’attendrait à ce que le grand père, médecin, ancien résistant et militant de l’avortement, accueille une famille malienne et communie avec eux dans un relativisme culturel ludique et joyeux. Ce sera finalement une émigré géorgienne avec sa fille, paradigme de la beauté froide (mais tape-à-l’œil) des steppes glacées de l’Oural. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, aucune compassion dans le traitement de la clandestine n’est distillée : elle est raciste (« même s’il n’est pas privé, c’est un bon lycée, il n’y a pas de noirs et d’arabes », tu m’étonnes, à côté de la rue Gay-Lussac…), vénale, vulgaire et aguicheuse. La bonté altermondialiste du Ve arrondissement en prend un coup… Le film n’évite cependant pas les caricature, justement parce qu’il veut en éviter certains : la petite-fille du médecin, militante pour les sans-papiers nous fait le coup de la petite fille riche rebelle en pleine crise œdipienne, tandis que le topos de la Russe vénale vient remplacer celui du gentil Noir, mais n’en demeure pas moins un idéal-type. On est moins gêné par les petites mesquineries de la nature humaine que par l’image qui transpire de ce portrait en demie-teinte : si on ne peut pas trop se moquer des immigrés africains, pourquoi ne pas s’en prendre aux ex-URSSiens ?
Là où le film est très bon, c’est quand il croque les enfants du médecin : Karin Viard a voulu faire comme papa, médecin généraliste, elle bosse à l’hôpital, sort avec un type bien sous tout rapport (donc chiant), tandis que Fabrice Lucchini campe l’anar de droite (tiens tiens, ce n’est pas un rôle de composition), qui s’est rebellé contre l’autorité parentale en devenant avocat d’affaire prospère et occupé. L’une devra apprendre à tuer le père, l’autre à se réconcilier avec lui. Les certitudes de Karin Viard s’écroulent lorsqu’elle apprend que, malgré toutes ses gloires passées, son père peut se montrer lubrique et salaud, tandis que Lucchini défend son père accusé d’égoïsme. Les relations frère/sœur sont bien écrites, bien interprétées. Seule la fin laisse à désirer, où le délire lucchinien de la littérature comme porte de la vie prend le dessus sur le cours du film.
L’actualité rattrape le film. L’évacuation du piquet de grève de la rue du Regard et l’intervention policière nous prouve que les sans-papiers ne sont plus si invisibles que ça, même si le gouvernement continue à ignorer leur participation à la société française. Enfin, on ne crée pas un Ministère de l’identité nationale pour rien…
Edit : on me fait remarquer que la Moldavie ne se trouve pas du tout à côté de l'Oural. J'y consens. Que ne ferait-on pas pour un bon mot.





